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28.06.2006
Out
Out, de Natsuo Kirino
Out raconte l'histoire de quatre femmes travaillant à la chaîne dans une usine de bentô. Entre leurs vies médiocres et leur travail abrutissant, on aperçoit à peine leur véritable personnalité, leurs rêves, leur vraie identité. Mais un jour (car il faut bien un rebondissement, vous imaginez, 500 pages comme ça, on se lasse) l'une d'elle tue son mari. Mince. Il faut cacher le cadavre. Solidarité féminine, faisons ça toutes ensemble. Une enquête de police a lieu, et c'est le propriétaire d'un établissement de jeux et de femmes dans lequel se rendait souvent la victime qui est soupçonné. Finalement relâché, il entreprend, lui, de démasquer le vrai assassin. (Suspense)
Plusieurs autres personnages se mêlent à l'intrigue, ce qui crée une toile complexe, bienvenue dans les méandres du système humain, la mort, la vie, le rêve, etc.
Avant de parler du livre en lui-même, je voudrais un moment pour la personne (elle est anonyme (tu m'étonnes) mais a écrit sa critique pour le Library Journal) qui a donné son avis sur le livre. Je cite : "Retournements, vigueur du récit et conclusion, voilà qui ravirait Hannibal Lecter". Ceci n'est pas pris hors contexte, c'est la phrase pour faire vendre, la seule, mise au dos du livre. Bon. Donc, là, nous ne parlons à l'évidence pas du même Hannibal Lecter. Y aurait-il des homonymes quelque part en ce monde ? La personne qui a lu ça n'a probablement JAMAIS OUVERT un Thomas Harris de sa vie. Au mieux, elle aura vu Dragon rouge, vous savez, le film débile de Brett Ratner. Cela peut expliquer les conclusions stupides telles que Hannibal = découpe de cadavres (et encore, faudrait franchement pas avoir suivi).
Pouf, pouf.
Tout ça pour dire que cette allusion à Hannibal Lecter placée ici dans le but d'attirer le lecteur avide de "dingues" et de sang m'horripile au plus haut point. Ce bouquin est assez insipide, il fallait bien quelque chose pour le faire valoir, certes, mais laissez les monstres sacrés où ils sont (s'il vous plaît).
Pourtant, le thème en lui-même était riche. Le travail à la chaîne, la frustration, la passion, la liberté, le conditionnement... il y a là de quoi créer une tension très puissante. Ben non, faute de ça, on a un déroulement typique des dosages américains (tel pourcentage de violence, tel pourcentage de sexe) complètement innefficace (certains sont efficaces, comme Stephen King ou Philip Margolin, qui se laissent lire avec délectation malgré leur caractère commercial). Les - disons - deux cent premières pages laissaient présager quelque chose de tout à fait intéressant ; le récit nous parvient à travers un point de vue interne, le personnage examiné changeant à chaque chapitre. On a rapidement un panel de personnages attachants ou répugnants (ou mille autres adjectifs, tick the one you choose), ainsi libre à nous d'avoir nos préférés, d'attendre avec impatience la suite de leurs aventures au pays des paniers-repas. C'est probablement la meilleure façon de ressentir la détresse de ces femmes. Mais, paf, à un moment cette alternance de points de vues s'interrompt, ou plutôt s'effiloche ; certains ne sont plus du tout représentés (je pense à Yoshie, qui pourtant a une histoire très riche à mon sens, il est dommage de ne pas en avoir tiré profit), d'autres apparaissent (Kazuo, je t'aime :D) ; certes, c'est la progression logique du récit, il est nécessaire, quand l'enquête prend le pas sur le reste, de se focaliser sur certains personnages, mais il n'est pas honnête d'abandonner totalement la première partie. Ni honnête, ni très judicieux, à mon avis, car cela donne au final deux récits raccordés, et pas un roman unifié. Ou plutôt trois récits ; un, psychologie, deux, enquête, trois, action. La partie psychologique est, comme je l'ai déjà dit (parfois, je crois que j'aime bien me répéter) très intéressante ; la partie policière n'est pas mal menée du tout mais balaie totalement ce qui a été fait précedemment ; la dernière partie, le dénouement dans le sang et le sexe pervers, n'est rien d'autre qu'un dénouement dans le sang et le sexe pervers, d'une profondeur psychologique minimale. Il fallait apporter une conclusion un peu excitante à ce récit, voilà, c'est fait, merci de votre lecture, à la prochaine peut-être. Car oui au final, on le lit quand même jusqu'à la fin, ce livre, même s'il est horripilant que le couple Masako/Satake accapare les deux dernières parties. On veut quand même savoir lequel des deux (ou aucun, ou les deux, ou tout le monde, qu'est ce qu'on s'en fiche après tout) restera en vie à la fin. C'est juste pour ne pas avoir cette ignorance intolérable dans nos coeurs jusqu'à la fin de nos jours. C'est stressant, et le stress, ça tue.
J'avais sauté dessus quand je l'ai aperçu à la médiathèque, parce que cela faisait de nombreux mois que j'attendais qu'il soit traduit en français (après l'expérience Hirano, je n'avais pas envie de replonger dans un livre en japonais tout de suite). J'avais vu alors un reportage sur l'adaptation cinématographique de ce livre (qui est sorti au Japon il y a plusieurs années), et les images m'avaient convaincu. L'auteur disait aussi quelques mots sur son bouquin, j'avais noté quelques "clefs de lecture" qu'elle donnait, des petits indicatifs sur la psychologie des personnages, qui m'avaient semblé hautement précis et intéressants (sur un post-it (ça ferait rigoler Hélène, tiens) qui était accroché depuis plusieurs mois au dessus de mon bureau). Mais en fait, en lisant le livre, je me suis rendue compte que ce qu'elle disait n'avait rien de pertinent pour le lecteur, étant donné que n'importe quel attardé est capable de tirer les mêmes conclusions ; à vrai dire, le terme est impropre, ce ne sont pas des conclusions auxquelles il faut arriver au bout d'heures acharnées avec ses petites méninges, c'est le B-A-BA, ce que toute personne qui sait lire et qui n'a pas besoin qu'on lui explique les mots avec des vignettes autocollantes est en mesure de comprendre. Je vais donner une explication plus parlante de ce que je dis. Vous voyez Koh-lanta (le sable, la mer, les gens tout nus, etc) ; la caméra (petite vicieuse, va) filme des gens en train de se houspiller franchement. Ca crie, ça injurie, ça tape ; impossible d'avoir le moindre doute quand à la nature des sentiments qui animent ces joyeux drilles. Eh bien, vous aurez quand même (et ce à chaque fois, c'est une règle absolue) un sous-titre qui vous précisera : "Machin et Bidule ne sont pas d'accord."
Parce que, des fois, le spectateur/lecteur est con.
Pour conclure sur Out, je dirais que ça se laisse lire. Sur une plage, alors qu'on bronze et qu'on cherche juste à enfouir sa tête entre les pages d'un bouquin pour se donner une contenance (en plus, le bouquin est assez épais, alors, ça fait intelligent). On n'en ressort pas avec un sentiment nouveau sur l'homme (j'ai l'impression que tel était le but de l'auteur, quelque part (?)) - à condition d'avoir déjà ouvert plusieurs livres dans sa vie. Concrètement, si vous ressortez de ce livre avec l'impression d'avoir découvert une nouvelle facette de l'âme humaine, d'avoir effleuré pour la première fois la dimension de solitude et de monstruosité de nos caractères, j'ai envie de vous dire qu'il faut sortir plus souvent. Ce livre est distrayant comme un épisode de Julie Lescaut : peu original, peu profond, traité en survol. Du prémâché servi froid.
22:50 Publié dans Lowlights | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Sarah
Je crois que je vois mon avenir de manière beaucoup plus différente depuis que j'ai rencontré Sarah. C'est assez complexe à décrire, mais, tout en étant une personne drôle, aimable, parfaitement insérée dans la société, elle porte clairement son passé sur ses épaules. Ce n'est pas perceptible de prime abord, bien sûr, et personne autour d'elle, collègues, amis, petits amis même, n'est au courant de ce qu'elle m'a dit. Je ne sais pas pourquoi elle m'en a tant raconté sur elle. "Parce que nous sommes pareilles", m'avait-elle dit ; alors, formulons notre question autrement : comment a-t-elle senti que j'étais comme elle ? Moi, je n'ai rien senti du tout, rien d'autre que le sentiment habituel : je me prépare à affronter une difficulté, à savoir la rencontre. Mais je n'ai rien ressenti de tout ce que, peut-être, j'aurais dû ressentir. Est-ce l'expérience qui a joué en sa faveur ? Je ne sais pas. Quoi qu'il en soit, une fois que j'ai appris à la voir comme ce qu'elle est vraiment, j'ai eu l'impression de me trouver face à un précipice qui se serait ouvert soudainement. L'abîme de mon malheur futur, caché par la verte prairie. Rien ne s'efface jamais, rien ne s'arrête jamais, tout n'est que passages, périodes éphémères illusoires durant lesquelles on s'imagine aller mieux. Mais tout peut recommencer, du jour au lendemain, sans que rien ne l'ait laissé présager. Et la spirale réapparaît, et on se jette dedans éperdument ; avec un peu de chance, on somnole assez longtemps pour ne rien se souvenir de ce qui se sera passé.
Si elle est le miroir magique qui m'a montré mon futur, je ne sais pas si je dois voir cela comme une fatalité (perspective tentante, et, qui plus est, dramatiquement la plus réaliste des deux) ou comme un défi. Luttons contre ce futur, tu n'es pas conditionnée de cette façon, ton destin sera différent, pourvu que tu le veuilles. Seulement, je sais ce que je suis, je sais quels sont mes penchants et quels sont mes rêves. Il n'y a pas de place pour l'espoir dans une vie comme celle-là. (Gwen, c'est toi ? Mais que fais-tu là XD) Et Sarah me l'a bien laissé entendre - petits mots terribles auxquels mon manque d'années m'empêchait de penser, car comment peut-on relativiser quand on n'a rien vécu ? - après, tout est fade, et la (re)chute est prévisible à chaque seconde. On ne sait plus comment faire pour se divertir, on n'a que trop le goût de ces plaisirs plus répréhensibles les uns que les autres, et le poids de ces choses qui ont été, dont on ne sait vraiment jamais s'il faut en éprouver honte ou contentement, est lourd et omniprésent. Alors, on boit pour oublier - je n'avais jamais pris conscience jusqu'alors à quel point la boisson représentait un dérivatif passif pour ce genre de situations (pour les situations plus courantes, c'était assimilé depuis longtemps). Je le savais, bien sûr (j'en connais un rayon sur les dérivatifs, quand même, c'est de moi qu'on parle, ne l'oublions pas), mais de là à le voir, à voir quelqu'un reconnaître qu'il boit parce qu'il s'ennuie, parce que c'est la seule petite chose qu'il peut s'autoriser, en rappel d'un passé lancinant... Est-ce qu'au fond on souhaire replonger ? Oui, ai-je envie de dire, car alors là, on était libre. Et il est vrai que tout est terne comparé au sentiment de sentir son corps et son esprit flotter dans une merveilleuse inconscience, autrement dit, dans tout ce qui est "au-delà".
Donc, si je résume cette situation, je peux m'amuser à lutter contre quelque chose que je sais inaltérable, ou l'accepter, donc ne pas vraiment changer grand chose à ma vision actuelle. Je prends ça. Considérant que la vie a de toute façon une issue inévitable, ça ne représente pas pour moi une contrainte que de penser que les grandes lignes de son cours non plus ne sont pas modifiables. [On n'a qu'une vie, adopter un mode de pensée plutôt qu'un autre est également pénalisant. (Non ?)] Je me contente donc de faire ce que je veux des petites lignes, laissant les principales aux entités plus puissantes. Il me reste la tâche non négligeable de devoir trouver comment occuper mon temps d'ici à ma mort (sachant qu'on ne sait même pas quand elle arrive (avant mes 20 ans, certainement), la coquine, c'est un petit jeu tout à fait vicieux.
Revenons à des choses plus pragmatiques.
De qui se moque-t-on ?
Samedi soir, je tombe de fatigue (oui, car j'ai été voir des singes et des félins en cage, toute la journée), et je me force à rester éveillée jusqu'à après Fort Boyard - cela fait bien deux semaines que je veux voir ce concert de l'orchestre philarmonique. J'ai beaucoup beaucoup de mal à garder les yeux ouverts, et les tigres dans l'écran de télévision me rappellent le tigre de cet après midi-là qui était allongé, agonisant sous le soleil, et par association d'idées, je pense à un autre tigre drogué allongé sur la table, ses testicules, Reba, le feu partout, un château en flammes... je m'endors. Je me réveille en sursaut peu de temps après, me disant qu'il doit être deux heures du matin et que j'ai raté mon concert. (Mais pourquoi ne l'as-tu pas enregistré, me demandera-t-on ? C'est une excellente question, la réponse est simple : je n'ai pas de prise murale pour l'antenne du magnétoscope, donc, il ne peut enregistrer que des grzzzz noirs et blancs. Voilà. Merci de m'avoir posé la question, ça nous avance drôlement, ces détails techniques.) Mais, il me semble entendre, venant du salon, le générique de fin de Fort Boyard (depuis quelques années ils le font à la guitare électrique, mais où est donc passée notre enfance ?). Je me rue dans les escaliers, du moins, autant qu'il soit possible de se ruer alors qu'on sort tout juste des bras de Morphée, même pour un tout petit calinou. Et j'arrive pendant la publicité. Ma soeur me dit qu'il n'y aura pas mon concert, qu'elle vient de voir une bande annonce de Tout le monde en parle. Tu es sûre que c'est pour ce soir, lui demandé-je avec l'appréhénsion de quelqu'un qui est en parallèle très occupé à chercher ses chaussons. Ben oui, ils disaient 'dans un instant'. Je dois alors visiblement commencer à faire la tête, puisque ma soeur entreprend de me rassurer en me disant "Mais dans les invités y a Terry Gilliam." (prononcé d'une façon affreuse, car elle fait Allemand LV1, brave petite) Aahaaah, mais alors c'est un peu différent, ça rattrape la situation. Bien sûr, j'aurais préféré la retransmission du concert, mais quitte à ce qu'elle soit annulée, autant grapiller une compensation. Je m'assois, et à peine mes fesses installées, je sens comme qui dirait la fée sommeil qui vient me titiller le système nerveux. Je parviens à tenir les trois premiers invités, en zappant sur New York Unité Spéciale, sur une chaîne concurrente dont nous tairons le nom. Puis le poids de mes paupières devient intolérable, ça picote beaucoup dans mes yeux, tous mes membres sont ankylosés, ma soeur ne m'a pas attendue et est déjà partie se coucher. Tant pis, je craque. Ni concert, ni interview. Je suis dépitée, alors je reporte ma haine sur la télévision. C'est quand même du foutage de gueule de la part de France 2 que d'annuler un tel concert (et de mettre des invités inintéressants en début d'émission). Je peux concevoir que ça fasse moins d'audimat, mais bon... remplacer ça par Ardisson, c'est un rien insultant.
Je me sens, ces temps-ci, d'humeur critique, très critique ; naturellement, les sentiments de coutume dans ces situations, tels que la méchanceté gratuite, l'énervement et le mépris de mon prochain sont là également (bienvenue à vous, les gars :D). Il y a de fortes chances pour que toutes les notes prochaines soient consacrées à des films, livres, ou autres productions auxquelles j'ai prêté un oeil récemment (un, parce que l'autre, j'en ai besoin). Sauf élément soudain digne d'intérêt (exemples : guerre atomique, découverte du vaccin contre le sida par moi, reconversion de Leo-leo dans le tennis professionnel, guerre vicieuse à coups de poulets géants, dépendance nouvelle au Lemon Curd), ce blog va devenir hautement culturel.
Je pense que les analyses idiotes du lycée me manquent. Les seules que j'ai l'occasion de faire aujourd'hui dans le cadre scolaire sont à peine lues :'( et pourtant, elles sont merveilleuses XD [#######!!! <- insulte grimée pour éviter les poursuites judiciaires]. Heureusement, mon dossier d'art se porte bien, merci :s
Il est très tentant, alors que je me prépare à endosser le rôle de critique littéraire au rabais, de me livrer à un acharnement envers miss Lia & co. (pas toi Kao, elle =p) J'aime bien m'acharner sur tout ce qui se rapporte de près ou de loin à de l'anarchie barbare débonnaire. (Ah tiens, viens de finir les 14 pages, miam miam, c'était fort sympathique, huhu *^-^*) Mais j'attends d'être caaaalme et reposée. Et saine de corps et d'esprit.
Bisous =)
22:40 Publié dans And Stay Fashionable | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
19.06.2006
Sélection naturelle
Récemment, je me balladais à Mollat. Le but officiel en était de trouver pour ma soeur un livre de Verlaine (une édition bien spécifique, naturellement) dont elle avait besoin pour le collège. Je savais pertinemment que je ressortirais avec quelque chose pour moi - mais c'est le genre de pensées que l'on préfère refouler.
Je m'empresse de trouver son livre, puis me dirige vers les lettres classiques, mais, comble de l'ironie, ils n'avaient pas cette magnifique édition que j'ai vu chez moi, des oeuvres complètes d'Euripide, Sophocle et Eschyle, à un prix défiant toute concurrence. Ce n'est pas grave, je ne suis pas loin du rayon théâtre. Je vais aller me chercher L'espace vide, s'ils l'avaient à Saint Médard, ils l'ont forcément dans la seconde plus grande librairie de France. Eh bien non, tu peux aller te brosser, semblait me dire l'étagère de ses grands boulons brillants. La mort dans l'âme, j'erre dans les rayonnages, quand mon regard est soudainement happé par un immense "Averroès" qui prend toute la couverture du bouquin. Forcément, ça attire, comme un petit chat dans une vitrine, mais en moins mignon. Je me décide finalement pour La Nouvelle Atlantide, je ne sais pas si je l'ai déjà lu en entier ou non. Contente, et soucieuse d'épargner mes sous, je me précipite vers la caisse, mais c'est sans compter sur le rayon musique classique qui exerce sur moi une attirance diabolique.
Je regarde vaguement, et, dans le but de me dégoûter, je vais voir du côté de Prokofiev, parce que depuis un certain temps déjà je suis à la recherche de ses cinq concertos pour piano - ce qui peut se trouver relativement facilement - dirigés par Kazushi Ono, qui me plaît énormément depuis que je l'ai vu diriger, c'était magique - et c'est là que le bât blesse, car il en existe deux éditions, et c'est toujours l'autre que l'on trouve en rayons. L'autre chef d'orchestre est au moins aussi bon (ne jugeons pas les gens sur leur couleur de peau, camarades), mais mon affection particulière pour Kazushi me poussait à lui préférer la version introuvable. Etant certaine de ne pas le voir ici, et que cette frustration allait suffire à me désespérer, me poussant à sortir passer mes nerfs sur les gens dehors que j'aurais pris grand soin à insulter mentalement. Quatre cds se trouvent dans le boxe Prokofiev, je les prends tous, et les passe sommairement en revue. Les trois premiers sont les mêmes, et le dernier est justement un cd des cinq concertos... je le toise avec le dédain et l'amerture de celle qui s'apprête à subir une cruelle déception et qui l'anticipe sagement. Et là, ô miracle, c'est lui, le seul, l'unique. Je prends, je cours, vite vite, madame la caissière, avant que je change d'avis. Je rentre, je l'écoute, les deux cds obéissent à un découpage bizarre (1-3-4 et 2-5 il me semble), mais ce n'est pas grave, je suis contente.
Plus tard, à la médiathèque. Un petit malin a emprunté le livre que j'avais pourtant dissimulé derrière les autres pour le prévenir de toute menace ennemie. Ce n'est pas grave. Je cherche des livres d'Andrzej Szczyspiorski sur le réseau de la médiathèque, et là, l'ordinateur m'indique en bas de page une liste des "oeuvres qui pourraient vous intéresser". Il me donne une liste de films, livres et cds dont les réalisateurs, écrivains et compositeurs ont tous pour prénom Andrzej (car naturellement, ils s'appellent tous pareil, ils font tous la même chose et ça ne peut que me plaire). Et je remarque un livre lu, sur la carrière poétique et théâtrale de Karol Wojtyła (dont l'oeuvre est novatrice, me dit l'ordinateur - c'est la première fois que je rencontre un ordinateur relativement récent et cependant catholique conservateur convaincu), mais attention car le plus beau est à venir, car ce récit est lu par Andrzej Seweryn. Je rigole doucement, mais en fait, j'ai plutôt envie de me taper la tête contre quelque chose. Il ne faut pas mourir idiote, et le sujet m'intéresse (l'ordinateur ss avait raison), donc j'emprunterai ce cd, et j'essaierai de me concentrer uniquement sur les mots qui seront dits.

qu'on dit. - Comment cela? - Eh bien! en perdant la raison."
Bonsoir à ceux qui viennent d'arriver, ici, tout va bien, merci.
Il fut un temps où on écrivait pour soi, du moins il me semble. (pensée momentanée à la lecture du blog de quelqu'un de ma connaissance ; vit-on pour soi ou pour les autres ?) Un temps où solitude n'était pas synonyme d'esseulement, où la parole ne recherchait pas tant l'approbation que l'échange. Il est assez difficile à concevoir pour moi que de nos jours, la peur sociale entraîne immanquablement la réclusion, ou l'élévation. Je comprends le désir de se grandir, et je l'approuve, mais tant que ce désir se manifestera en logique monarchique (j'ai quand même besoin de deux ou trois têtes censées autour de moi, mais je reste le meilleur et c'est à mes paroles qu'on obéit et qu'on applaudit), cela ne sera qu'une apparence. Il m'est apparu, en voyant les groupes de jeunes divers, que ça pouvait être suffisant, pour le monarque comme pour sa cour, et dans ces cas, très bien. Mais personnellement, je prône l'ermitage. D'accord, ne soyons pas radicaux, et parlons plutôt de retrait considéré. Chacun fait son petit bonhomme de chemin, on fait des réunions d'ermites - de retirés emplis de considération - de temps en temps, on discute, on échange, et cela amène de nouvelles pistes, et on repart chez soi. Il me semble que l'on doit chercher soi-même ses propres pistes, d'après ce que l'on voit, ce à quoi l'on assiste, ce que l'on cherche en réaction à cela, ce que l'on ressent. Ensuite, transmettre ce que l'on a acquis est une possibilité, mais ce n'est pas un devoir. On peut propager sa vision ou sa pensée, si l'on estime qu'elle peut être bénéfique à d'autres. Quand on passe tout son temps en groupe, on n'a pas le temps - me semble-t-il - de sentir le monde ; on peut en retirer des choses intéressantes et intelligentes, mais au fond, n'est-ce pas seulement se créer une culture commune, autrement dit, un lien qui renforce la notion de groupe contre les autres, mais qui ne profite pas à l'épanouissement personnel. On peut bien sûr réfléchir en groupe, cela peut être très profitable, mais cela doit obéir aux mêmes efforts de structure qu'une réflexion personnelle. Mais je pense que l'épanouissement complet s'obtient obligatoirement par une grande part de liberté, pour pouvoir se construire soi-même - je ne parle pas de liberté au sens légal du terme, mais de liberté relationelle, sociale, de distanciation volontaire.
*J'ai écrit ces lignes hier, et j'ai laissé ce post ouvert afin d'y revenir par la suite, ce que je fais maintenant. Je voudrais citer un extrait de "Messe pour la ville d'Arras", que j'ai lu ce matin ; j'ai été on ne peut plus étonnée d'y trouver cette réflexion que j'étais en train de mener (mais exprimée de manière beaucoup plus claire). Je reprends donc ces mots, bien meilleurs que les miens. J'ai même supprimé deux phrases du paragraphe précédent, parce qu'elles étaient vraiment semblables à des phrases ci-dessous, mais elles semblaient adorablement confuses et ridicules à côté.*
"Nous étions des orphelins condamnés mais libres de toute dépendance, soumis uniquement à nous-mêmes. Nous étions accablés par une épouvantable solitude qui avait pourtant quelque chose de sublime. Jusqu'à ce jour, notre vie et notre mort avaient été marquées par un état de dépendance. Je ne doute pas du bonheur de cet état qui entretient le sentiment de la sécurité. Vivant dans la dépendance, nous nous efforçons de plaire à ceux qui sont au-dessus et au-dessous de nous. La dépendance fait tout le charme de notre existence. On nous assure en contrepartie la protection et la paix, bref, nous pouvons jouir de la vie. Sans la dépendance, chacun finit par succomber, victime de soi-même."
Il faut mettre cela en parallèle avec le contexte dans le roman : l'auteur se sert d'une ville dans laquelle toutes les obligations hiérarchiques et sociales sont soudain réduites à néant pour lancer cette réflexion. Mais il m'est avis que cela correspond tout à fait avec cette logique de groupements sociaux chez les jeunes - et les moins jeunes, par extension, puisque de nos jours tout le monde veut être jeune. (*Je déconseille d'ailleurs en passant aux vieilles de continuer à s'habiller moulant ou selon les modes Pimkie, c'est dégoûtant.*)
Je reste persuadée (suis-je donc si désuète ?) qu'il n'existe qu'une seule forme d'apprendre, qu'une seule véritable culture dominante : c'est celle qu'on nous apprend à l'école, celle qui passe par les livres, romans ou documents - accessoirement les films et toutes les autres formes d'art qui complètent l'éducation sensible. L'art n'est pas perpétué uniquement pour des raisons de commodité, les cours ne sont pas là uniquement pour nous prendre du temps. Cela me fait assez bizarre, ayant toujours eu et ayant encore un gros problème avec l'autorité scolaire, de dire cela, mais j'en suis convaincue après tout ce temps. Je sais bien que tenir de tels propos peuvent sembler extrémistes, mais je préfère clarifier les choses : je ne suis pas en train de dire que les gens qui n'ont pas bénéficié d'une éducation correcte sont inférieurs à ceux qui ont eu cette chance, ni que les enfants qui n'aiment pas lire seront forcément plus cons que ceux que leurs parents obligent à lire un Zola par week-end (ce n'est pas drôle ; j'en ai connu). Mais la réussite ou l'échec de l'insertion dans la catégorie "personnes cultivées" dépend de facultés personnelles telles que l'ouverture d'esprit, la curiosité, la soif de connaissances. Ces facultés ne sont pas innées, elles s'acquièrent ou ne s'acquièrent pas selon l'environnement et les opportunités offertes à l'enfant ; les éventuelles lacunes découlent des défauts dans l'éducation ou de problèmes externes (maladies, famille, etc.). Les enfants et adolescents en échec scolaire ne deviennent des jeunes à problèmes ni parce qu'ils ont toujours voulu le devenir, ni par prédestination, ni par pure coïncidence, ni pour le simple plaisir d'ennuyer ceux qui les dépassent scolairement. Le fait de se tourner vers ces activités est une manière de se regrouper en clans, de la même façon que le système scolaire est un clan, et ces clans dont les lois et les principes sont instaurés par et pour ses bénéficiaires ont donc des structures parallèles. On n'est pas idiot, on choisi des voies dans lesquelles on sait qu'on peut réussir. La marginalisation découle de l'impossibilité de la normalité. C'est une phrase bête et évidente, mais on ne pense pas à l'appliquer partout.
Le sommeil me guette, et il est tard. Je reviendrai peut-être là-dessus plus tard. (Il me semble que je suis passée du coq à l'âne si rapidement que beaucoup de choses ont été traitées de manière par trop superflues. Mais c'est un problème récurent chez moi, avec l'inconstance et la passion.)
Dobranoc ~
23:20 Publié dans Errances | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
