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10.02.2007

*Pouf*

Une note que j'avais commencée il y a plusieurs semaines (je n'ai jamais le temps de rien finir, de toute façon ; il suffit de voir la pile de bouquins entassés près de mon lit), et qu'il est à propos de continuer aujourd'hui.

Peut-on mesurer l'amitié ? (Question horripilante de banalité, certes, mais il fallait bien lancer le sujet) Le terme mesurer sous-entend la nécessité d'une unité de mesure arbitraire et universelle. Dans ce cas, une des mesures les plus simples reviendrait à comptabiliser le nombre de "oui" aux questions suivantes : connaît-il votre couleur préférée, le nom de votre premier amour, votre plus grand secret, vos pensées les plus honteuses, etc. On pourrait aussi lui demander des services de plus en plus importants et noter à partit duquel il refuse ; tu veux bien me prêter ton livre, tu veux bien rompre avec machin à ma place, tu veux bien venir me chercher il est quatre heures du matin et j'ai froid, tu veux bien mentir pour moi, tu veux bien n'avoir pas d'autres amis que moi. Ou encore, on peut essayer d'inventorier le nombre de situations auquel il répond de la manière que vous attendez, où il se comporte juste comme il doit se comporter. Le problème c'est qu'il s'agit là de mesures quantitatives, et l'amitié étant un concept abstrait, il semble plus approprié de l'évaluer qualitativement, et par conséquent, il ne peut y avoir de définition universelle puisque la qualité est subjective.
Revoyons les schémas précédents. Si le meilleur ami est celui qui vous connaît le mieux, auquel il est inutile de chercher à cacher quoi que ce soit et que vous-même vous ne connaissez que trop bien, alors, j'ai perdu mon premier meilleur ami il y a deux, trois ans, et dans le cas du second, le terme d'amitié n'est pas approprié. Si le meilleur ami est celui qui est prêt à faire le plus de choses pour vous, alors, n'ayant personne comme ça dans mon entourage (il y a certes des gentilles personnes, mais jamais les circonstances n'ayant pu me prouver leur abilité à répondre à ces critères dans les situations données), je n'ai pas de meilleur ami.
En revanche, si le meilleur ami est celui qui s'asseoit et ne dit rien, qui vous écoute si vous voulez parler et parle si vous voulez écouter, qui sait des choses honteuses sur vous et fait comme si de rien n'était, qui se rend compte de votre état et le traite juste avec la légèreté que vous n'osez pas demander, qui veut vous voir même si elle n'a rien à vous dire, à qui je peux parler de ce que j'aime sans avoir peur qu'elle se l'approprie, alors, j'ai une meilleure amie, évanescente certes, mais au moins elle existe. Il s'agit de la personne qui me connaît depuis le plus longtemps, celle que je qualifiais effectivement de "meilleure amie" quand j'avais douze ans. Mais ce n'est pas elle, ce n'est pas elle, parce qu'au fond elle n'est pas mon amie idéale, celle avec qui j'aimerais faire toutes ces choses que j'ai en tête, celle qui saurait, quand je souris, à quoi je pense. Mais est-ce-là le rôle d'une meilleure amie ? Ou est-ce le rôle du petit ami / de la petite amie ? Est-ce le rôle de quelqu'un ou n'est-ce qu'un idéal fantasmagorique ?
Car on peut définir la meilleure amie selon un idéal ou selon une conception plus pragmatique. La conception pragmatique, il me semble, passe forcément par la comparaison : laquelle des personnes de mon entourage est mon ami "le plus mieux". La conception idéaliste, elle, est pré-formée, et ne résiste pas à la réalité, d'où les déceptions permanentes. Donc, selon cette évaluation terre à terre, de qui pourrait-il s'agir ? [Je préfère prévenir tout de suite, pour les personnes qui me lisent en ce moment qui sont de mes connaissances, que je ne citerai aucun nom, cela prête trop aux vexations.] Il y a quelques personnes de qui je me sens plus proche que d'autres, parce qu'au fil des intérêts communs que nous nous découvrions, est né quelque chose de plus fort, une intimité, un lien indépendant de ces premières passions communes, qui fait que même parler pour dire des stupidités est agréable, qui fait que tu sais presque à l'avance ce que l'autre peut te répondre, etc. Bien, je peux donc qualifier cela de peloton de tête. Cela dit, ces personnes dont je parle sont très différentes les unes des autres, et je ne les vois jamais ensemble, mais à chaque fois dans des contextes différents. N'ayant pas les mêmes discussions avec chacun, les mêmes points communs, en un mot, la même relation, n'est-il pas à la fois stupide et désespérément vain de vouloir tenter une comparaison ? (Question rhétorique)
Alors, allons-y pour une dernière question affligeante : si je devais passer le reste de mes jours sur une île déserte, sans possibilité de retour et sans contact aucun avec le monde extérieur, et que j'avais la possibilité de prendre quelqu'un avec moi, qui est-ce que j'emmènerais ? Réponse : je ne sais pas, pour la simple et bonne raison que je n'ai jamais passé un laps de temps même restreint dans un lieu totalement isolé avec une seule personne, et qu'en conséquence, je n'ai aucune idée de la personne idoine pour cette situation. Les relations que l'on nourrit avec les gens sont par trop liées à la culture, ou d'une manière plus générale, à ce qu'on a autour de nous, pour oser s'imaginer que l'amitié survivrait à son absence. Dans le cas d'une île vierge, il est à mon sens inévitable qu'une fois épuisés les sujets flottants de la vie civilisée, et une fois rendue évidente la preuve de la futilité de leur évocation dans un tel contexte, notre attention se porte tout naturellement sur les cocotiers environnants, histoire de se trouver quelque chose en commun, quelque chose qui corresponde à ce que l'on vit pour se pas laisser de vide. Je suppose que l'on fait ce que l'on peut pour garder un lien entre soi, le monde et les autres. Même parler des cocotiers, s'il le faut.
L'amitié n'est qu'une attitude de circonstance, ni plus ni moins. Quelque chose qui remplit un vide dans les interactions sociales, quelque chose que l'homme aura trouvé pour se définir par rapport au monde, par rapport aux autres, pour se représenter dans un espace, se trouver une place. Un simple contexte personnel que l'on voudrait impermanent, par sécurité, par désir de stabilité. Et le désir d'avoir un "meilleur ami" n'est que ce même ressentiment poussé à son paroxysme.
Je pense que la façon dont on peut apprécier les gens est liée à trop de facteurs pour pouvoir déterminer objectivement (c'est-à-dire, en faisant abstraction de ces facteurs) si ces gens correspondent à un idéal ou non, s'ils se placent au dessus du lot ou non. Cela ne m'empêche pas d'apprécier réellement les personnes autour de moi, d'avoir des amis sur qui je sais que je peux compter. Je ne crois simplement pas en ce concept de "meilleur ami", de la même façon que l'homme idéal n'existe pas (cela dit, si de charmants garçons veulent venir me prouver le contraire, je suis d'accord). C'est peut-être trop terre à terre de penser cela. Je suis peut-être complètement désenchantée, ce que je suis prête à concevoir. Mais peut-être aussi que je suis simplement réaliste, et que je ne suis pas prête à me laisser aller à des considérations qui me dérangent sans que je m'explique avant le pourquoi du comment.
J'aime quand même les gens. Certains, plus que d'autres, certains, beaucoup plus que d'autres. J'en ai simplement assez que mon amour ne suffise pas, et qu'il faille gagner ce titre de meilleur ami pour enfin se sentir en confiance. Les personnes qui se situent en haut de ma liste (pas toutes dans le même sac, car même au sein de l'élite il y a un classement) devraient se reconnaître d'elles mêmes. Elles le savent, je leur ai déjà dit. C'est compliqué, ces relations à autrui. La peur de tout voir s'écrouler du jour au lendemain serait-elle plus forte que la simple appréciation d'un sentiment réel ? C'est vraiment dommage, que ces considérations, tellement humaines mais tellement déplorables, soient si omnubilantes.

...Pourquoi avoir publié cette note aujourd'hui, alors que ça faisait un moment qu'elle traînait dans mes archives et qu'elle semblait s'y être confortablement installée ? Parce que ces temps-ci, j'ai des difficultés dans mes relations avec les autres. Plusieurs évènements récents ont fait basculer la façon dont je me voyais (Noël, notamment, et tout ce qui a tourné autour) et la façon dont les autres me voient (la publication de ces affreuses feuilles roses, surtout. J'ai l'impression d'être beaucoup plus considérée depuis, et pas à juste titre). J'ai du mal à situer où je suis réellement, si véritablement j'ai un peu changé ou si c'est simplement une divergence de perception. Probablement les deux, certes. Mais je ne voulais pas de ça. Et je n'arrive pas bien, pour l'instant, à savoir où est ma place, entre la nouvelle et l'ancienne. J'ai tendance à osciller entre les deux, dans l'immédiat. Je n'arrive pas à gérer toute cette nouveauté qui est arrivée d'un seul coup, sans me demander mon avis. Et les gens autour de moi en souffrent (encore que le mot souffrir soit relatif), sont déstabilisés, ne comprennent pas forcément pourquoi je me permets des choses que je ne me serais pas permises avant. Si quelques personnes ne m'avaient pas dit que j'avais l'air d'aller mieux comme ça, je me serais complètement remise en quetion. Mais elles m'ont prouvé que je n'avais pas tort, que j'étais juste bel et bien dans une phase transitoire difficile. J'aimerais que davantage de gens le comprennent, et cessent de s'inquiéter pour leur petite personne. (précision ultra-importante : Kao', je ne dis pas ça pour toi, après l'engueulade qu'on a eue récemment, tu n'es pas visée spécifiquement, personne n'est visé spécifiquement d'ailleurs (je-suis-entourée-de-paranoïaques.com). C'est une réflexion généralisée, ok ? ^^) Il faut juste me laisser un peu de temps. Il serait contradictoire, après le super développement (euh, super se rapporte à sa longueur, pas à sa pertinence) que je viens de faire sur la variabilité de l'amitié, de dire que ce n'est pas parce que je me pose des questions sur moi que je me pose des questions sur mes relations avec les autres. Mais je sais ce que je ressens, et je sais pourquoi comptent les personnes autour de moi. Ca ne disparaît pas comme ça. Faites-moi confiance, c'est tout ce que je demande. J'ai du mal à avoir confiance en moi (d'ailleurs, sur la lettre de recommendation que je dois faire remplir, il y a une colonne "indiquez si vous estimez que le candidat a confiance en lui". On va rigoler), ça me ferait plaisir d'avoir la vôtre pour m'appuyer un peu.

[Post scriptum hors sujet, mais c'est important : je veux que quelqu'un m'explique VITE pourquoi mes résultats ont disparu du site de la fac. C'est angoissant, surtout après ce qui est arrivé à Hannah.]

Commentaires

Sûrement très égoïste de ma part, mais je trouve ça assez rassurant de retrouver cette idée de vide que l'on cherche absolument à combler par des relations sociales. C'est une impression que j'ai parfois et une réflexion que je me fais quand, à table à la cantine, sur une immense tablée, on tombe entre deux conversations et qu'on a l'étrange impression d'être en retrait par rapport aux autres, de les observer comme un inconnu alors que ce sont des amis. (bon pour la formulation, on repassera une autre fois...)

En tous cas, contente que tu reviennes un peu sur la toile ces derniers temps. ^^

Ecrit par : mimylasouris | 11.02.2007

Je n'associerais pas cela à de l'égoïsme... peut-être, un égocentrisme, au sens non-péjoratif du terme.... Je suis assez d'accord, c'est agréable de temps en temps de se sentir distanciée (terme certainement barbare, mais je suppose que c'est la déclinaison correcte du terme Brechtien) de tout cela. L'espace d'un moment, j'ai l'impression qu'au fond, je n'en ai pas besoin, que tout cela est désespérément fallacieux... impression qui disparaît bien (trop) vite quand la nécessité de revenir à la réalité se fait sentir.

(C'est gentil =) récemment, quand ce n'étaient pas les soucis de connection, c'était un emploi du temps surchargé qui étaient à l'origine de mon absence. Mais je suis à nouveau dans une cyber-phase, et dans une bonne lancée.)

Ecrit par : Marion | 11.02.2007

*Kao*

J'ai honte ^^; que ma réaction ait entraîné une parenthèse de précision ^^; je suis désolée pour ça *sans doute que je me relâche niveau sale caractère en ce moment, pas bien. Je vais me corriger*.

Ecrit par : Lia | 12.02.2007

Bah, autant pour moi.
Kiss, see u tomorrow =]

Ecrit par : Marion | 12.02.2007

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