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31.08.2006

"Tu pues", ou le post intéressant du jour

Voilà ce que je me prends dans la figure alors que je rentre tranquillement chez moi. Ma soeur m'appelle du haut des escaliers, j'arrive, de toute façon, je n'avais aucune autre intention que celle de m'affaler sur mon lit. Elle me tend les bras pour un bisou, le fait, et me dit "ah mais tu pues !".
Je tiens donc à éclaircir ce point. Je ne pue pas. Il émane de mes vêtements une odeur tenace de friture et de grillade. C'est tout.
...
On sent que les vacances sont finies au bout du troisième jour de travail.
medium_sb.gifLes deux premiers jours, c'est amusant, c'est quelque chose qui recommence, certes, mais comme c'est un nouvel emploi, pour moi, cela s'apparente plutôt à un jeu. Mais le deuxième jour, quand tu reprends tes affaires dans la remise, et que, les jambes un peu douloureuses, tu marches vers l'arrêt de bus, tu te rends compte que cela va être comme ça tous les jours dorénavant. Je n'avais jamais réalisé que concrètement, la fin des vacances, c'était la fin de la liberté, que cela signifiait une routine imposée. Et pourtant j'aime vraiment cet emploi, c'est peut-être le meilleur de ceux que j'ai éprouvés jusqu'à présent. ...Passons les en revue (mais si, ça vous intéresse, voyons). D'abord... j'ai fait des déménagements, quand j'étais en troisième. On m'appellait parfois, le week-end, et j'allais charger et décharger des camions. C'était chouette, car étant la seule entité féminine, j'étais chargée de discuter avec les propriétaires, où voulez-vous qu'on mette ça, c'est fragile ce carton là, et, étant la seule assez svelte pour me permettre cela, de courir un peu partout pour indiquer aux gars où mettre les choses, entre les moments où je cherchais à prouver ma valeur en soulevant des choses plus grosses que moi. Ensuite... J'ai fait des travaux de couture, des repassages et des ménages, pendant la période du lycée (et encore à la fac pour la couture) ; ça me plaisait bien (la couture, évidemment, ça passe tout seul, mais le reste aussi ; j'aime prendre soin des choses qui ne sont pas à moi). Avant la rentrée en première année de fac, j'ai travaillé à Mc Do (il n'y a pas de sot métier), pendant un mois, que j'ai essayé de faire passer vite en m'assignant toujours à la corvée de toilettes - je remercie des gentils collègues qui me cédaient toujours leur tour en ne comprenant jamais pourquoi j'y tenais tant - car au moins, je ne voyais personne. Pendant la deuxième année de fac, j'ai donné des cours, d'anglais, principalement. Il y a quelques mois, j'étais dans un palace en Grande Bretagne à servir le thé à des évèques, et maintenant, me voici, après deux mois de repos bien mérité, de retour sur le marché.
Cette fois, c'est un travail que j'aime vraiment beaucoup, je fais des kebabs dans une guinguette qui n'est qu'à dix minutes de bus de chez moi (ou un quart d'heure de vélo, mais... je prendrai mon vélo en photo, un jour, vous comprendrez). Je suis avec une patronne très gentille qui a une fille de mon âge (et pour cela, elle se prend pour moi d'une affection touchante) et une collègue agréable. Les deux y travaillent toute la journée ; moi, je suis la cavalerie qui arrive en renfort le midi, quand on ne sait plus où donner de la tête. Ce sont des horaires parfaits, à savoir quinze heures par semaine, cinq jours par semaine. medium_brandon.jpegJe n'ai pas de responsabilités harassantes, mais mon travail demande assez d'organisation, de rapidité et d'initiative pour que le fait de réussir me procure une satisfaction personnelle, et pas seulement le contentement du travail accompli. Je ressors de ces trois heures avec les mains brûlées au second degré (la gauche pour les moments où je tiens les kebabs qui sortent juste de la presse pour y rajouter les frites, et la droite pour les moments où je coupe la viande sur le plateau tournant), les jambes lourdes, une chaleur corporelle avoisinant les 45°C, et un haut couvert de sel et autres petites particules inidentifiables. Ah oui, et je dégage une odeur de kebab à plusieurs mètres à la ronde. Quand je rentre chez moi, je me débarrasse de mes vêtements pour m'ôter cette insupportable impression d'avoir été plongée dans une grosse friteuse, et je les mets dans un sac pour pouvoir les remettre le lendemain sans qu'ils chargent l'atmosphère de la pièce. Mais ça me plaît. Et je peux manger toutes les frites que je veux (je n'en veux pas, mais j'apprécie le principe).
Il y a un centre commercial à côté, pour les jours où j'arrive trop tôt et où je ne sais pas quoi faire en attendant (Patricia (ma patronne) refuse que je fasse des heures supplémentaires. Dès qu'il est deux heures, tu t'en vas, tu n'as pas à rester plus longtemps. OK. Si j'arrive trop tôt également, elle regarde sa montre l'air de dire "non mais oh".). Donc je vais flâner... ce qui n'est pas raisonnable... encore que, comme j'ai à nouveau des rentrées d'argent... si, c'est raisonnable.
Quand j'arrive, à onze heures, je remplis le présentoir à boissons, ce qui me prend un petit quart d'heure. Ensuite, je vois, j'ai le choix entre replacer la salle, donner un coup de chiffon, aller chercher du pain... bref à onze heures vingt, d'un commun accord, tout le monde s'assoit en attendant les clients. Patricia et Angélique mangent, moi je sirote quelque chose. Jusqu'à midi, c'est très tranquille, quelques clients enjoués, des habitués de la maison, qui me facilitent le travail. Mais l'heure et demie qui suit est infernale. Nous sommes deux, ou trois même, dans une cuisine qui ne dépasse pas les huit mètres carrés (surface occupée par l'électroménager comprise). Je n'ai qu'une plaque chauffante por faire un maximum de steaks et de merguez en un temps record, et j'ai calculé que j'étais en contact avec les frites au moins deux fois par minute. Par chance pour les clients, j'ai une hygiène irréprochable.
Voilà. J'avais bien prévenu que c'était intéressant.
Mmh mh mh mh mh mh mh...
medium_fee.gifTant que j'y pense... lorsque que je suis allée à la boutique la première fois, j'avais croisé le fils de la patronne (il l'avait appelée maman, aucun doute possible), et qu'est-ce qu'il était charmant *_^ typé adolescent rebelle, c'est à dire cheveux qui tombent dans les yeux, tee-shirt noir large avec logo d'un groupe métalleux quelconque, jean qui menace d'embrasser le sol au moindre soubresaut... et avec un joli visage, pour ne rien gâcher. Je n'avais pas de vues sur lui (je n'aime pas beaucoup cette expression, alors pourquoi faut-il que je la ressorte si souvent ?), j'avais juste pensé qu'il me plaisait. Eh bien, aujourd'hui, j'ai appris qu'il avait quinze ans. Je suis irrécupérable. J'assume parfaitement le fait que je sois davantage attirée par les garçons plus jeunes que moi (question d'effet de canonisation qui n'a jamais aucune incidence sur la réalité), mais si je ne sais même plus me rendre compte de leur âge, je vais finir en prison.

[Hors sujet : je repense au cas de Pluton. Je trouve qu'il est très méchant et très indélicat de dire à quelqu'un que c'est une planète, et finalement non, désolée, tu n'es plus une planète, juste un petit tas. Rien que pour éviter ce préjudice, on aurait dû la garder.]

28.08.2006

Aux gens un peu bizarres comme moi

medium_lapin_025.JPGAlors que je reviens, je ne peux m’empêcher de voir le nombre de visites mensuelles, que blogspirit m’affiche en première page, d’un air triomphant, ai-je envie de dire. Ces chiffres m’ont toujours étonnée, mais encore plus alors que je n’avais pas écrit depuis longtemps (et donc, que mon adresse n’avait pas eu l’occasion d’apparaître [vous savez quoi ? mon ongle de l’index droit est trop long, si bien que c’est avec lui que je tape et pas avec le doigt à proprement parler. C’est agaçant] sur la page d’accueil de blogspirit). Ce ne sont pas les quelques personnes, qui se comptent sur les doigts d’une main, de mes connaissances à qui j’ai moi même donné l’adresse qui remplissent ces statistiques (ou alors, vos journées sont bien tristes). Ensuite il y a mimy, seule visiteuse à avoir laissé des traces de sa présence, mais cela reste le même principe ; sauf désœuvrement total, elle ne peut (ou tu ne peux ? j’ai du mal à choisir mes mots quand je ne sais pas à qui je m’adresse, ce qui est compréhensible, mais quand je le sais, ça n’en devient pas plus facile pour autant) passer ses journées à cliquer frénétiquement sur le lien vers mon blog. …Qui, dans ce cas ? De gentils inconnus ?
A vous, donc, gentils inconnus.
Vous qui, tapis derrière vos écrans, ne se lassent pas de satisfaire votre curiosité perverse (quelque part, c’est indéniable) à lire mes lignes, je vous salue. Je ne sais pas combien vous êtes, qui vous êtes, et si jusqu’ici vous n’avez rien laissé paraître de vos lectures, de deux choses l’une : soit vous n’osez pas, ne pensez pas que cela soit approprié, ou préférez rester discrets ; soit ce que je dis vous afflige tellement à chaque fois que vous n’avez pris l’habitude de venir que pour tromper un ennui mortel et rire du pathétique de mon être. J’avoue avoir une préférence pour la première hypothèse, encore que, si jamais il s’avérait que vous fassiez partie de la deuxième espèce, je vous encourage à rester et à continuer vos agissements ; il est nécessaire de trouver pire que soi pour surmonter la vie. Moi, en général, je regarde certaines émissions, et au vu de la sapience supra universelle qui émane des participants, j’ai toujours l’impression que je peux vivre tranquillement, car il me reste une grande marge avant de tomber aussi bas. Mais bon, chacun trouve les moyens qu’il peut pour se convaincre qu’il n’est pas insignifiant.
Bref, je ne sais pas si vous vous vouez au silence éternel ou non, mais je tenais à vous faire un petit coucou personnalisé (ne sentez-vous pas, en ce moment précis, comme un petit quelque chose qui vous gratouille le dessus de la main gauche ? voilà, c’est moi). Il est très étrange de me savoir lue, quand il s’agit de choses qui ne font qu’illustrer mes petites pérégrinations, autrement dit, dont l’intérêt est assurément très relatif. Je comprends ce fait, car il m’arrive également de me perdre dans certains blogs, sans pour autant avoir la volonté de m’y immiscer. Disons que j’aime cela, car, dans un premier temps, cela peut être instructif, et dans un second temps, c’est un contact humain à sens unique, sans implication, sans peur, sans déception. Ce que tout le monde recherche un peu, me semble-t-il. Quand bien même, au détour d’un blog, je me sentirais attirée par une personne, je ne lui dirais pas. Ou alors, sans rien laisser de moi. Parce que j’aime les choses inachevées, avortées même, celles qui laissent l’espoir de ce qui auraient pu être [je devais juste vous passer un bonjour, et je parle de moi, finalement]. medium_stainboy01.jpegParce que quand les choses sont, elles sont, un point c’est tout ; impossible de revenir en arrière, impossible d’effacer et de refaire en mieux, impossible d’imaginer sans être déçu de ce qui sera vraiment. Je préfère croiser un garçon / une fille dans la rue, échanger un regard, et repenser à lui / elle par la suite, dans un moment vide. Juste penser à ce qu’il aurait pu se passer, à ce que peut être cette personne, à ce que nous aurions pu avoir en commun. Et créer des petits rien, des petits rien parfaits, sans concession, sans aléa intempestif, mes petits rien à moi toute seule. Comme tomber amoureuse de personnes inaccessibles, ou d’images, de textes ; il n’y a pas de retour possible, pas de tristesse possible.
Mais il me semble que je m’égare. Revenons à vous, donc. Je ne crois pas que le mot « remercier » corresponde à ce que je voudrais dire, alors plutôt… disons que je vous considère (bon d'accord, j'aurais pu trouver un meilleur mot). Je me rends bien compte que de temps en temps, vous êtes là, et c’est déstabilisant, c’est gênant, mais tout de même, ou peut-être pour cela, j’aime le sentiment que m’évoque votre « présence ». Cela rejoint ce que je disais plus haut, vous êtes comme des petites possibilités qui gravitent sans se poser, cela me plaît. Néanmoins, si jamais un d’entre vous venait à atterrir, il serait le bienvenu. Il s’agit juste de savoir si on a suffisamment confiance en la réalité ou non. Personnellement, je ne crois pas en la réalité ; si vous y croyez assez pour deux, et dans ce cas seulement…

All about me

Je suis toute désolée et je tiens à m’excuser platement de cette inactivité momentanée. Je m’octroie quelques jours de vacances, et quand je reviens, surprise, je suis désolée Marion mais je crois que j’ai cassé ton ordi ; je l’ai remis d’aplomb depuis quelques jours, et je reviens sur ce monde virtuel (mais le monde dans lequel nous vivons n’est-il pas fallacieux lui aussi ? Si, mais ce n’est pas le moment, j’y reviendrai plus tard, attends). Bonjour !
Je vais me remettre à ce blog, maintenant. Il y a des tas des choses nouvelles ici-bas.
Le monde est toujours aussi étouffant, la nature humaine est toujours aussi pitoyable, mais moi ça va. Je suis dans une période haute, et depuis quelques mois je les vis bien. Je ne pense plus à l' "après", je reste juste dans cette euphorie passagère, car juste pour quelques semanes, quelques mois, tout est possible. Je suis consciente de ne pas être "guérie", et par conséquent que je ne devrais pas me satisfaire de cela, mais jusqu'à ce que j'aie trouvé un meilleur moyen, je préfère me mettre des oeillères. Il se peut qu'il se passe quelque chose de bien dans les prochains jours, quelque chose sur quoi je compte assez. Donc, d'ici-là, je suis dans une sorte d'expectation exaltée et tendue, assez agréable. J'attends, et comme je suis de bonne humeur et que j'ai lu tous mes livres, je vais écrire.
Bref, tout ça pour dire que je reviens, car c'est la grande forme =) Et je m'excuse encore de mon silence :]

07.08.2006

Dead man's chest

Je suis une créature faible qui ne résiste pas - ne tente même pas de le faire - à l'appel du Johnny Depp sauvage.
|[Je me suis donc rendue, hier, dans mon petit cinéma d'art et d'essai habituel, horriblement laid depuis qu'il l'ont tranformé en énorme complexe du type Mégarama. où est-il passé, le charme de nos soirées d'antan ? Bref, m'y voilà, accompagnée de ma petite soeur, je paye, nous montons les escaliers, je me ridiculise vaguement en n'arrivant pas à ouvrir la porte et nous entrons dans la salle. Nous descendons un peu dans les escaliers pour avoir une vue panoramique sur la salle et pouvoir ainsi choisir nos places. Au bout de quelques secondes pendant lesquelles je jauge la répartition humaine dans cet espace clos, ma soeur me tire par la manche (elle a l'air minuscule, si je formule ma phrase comme cela ; en réalité, elle fait un ou deux centimètres de plus que moi, encore que je ne sois pas bien grande moi-même) pour me dire qu'il y a deux filles, un peu plus bas, qui nous font des coucous, qu'elle ne sait pas à laquelle de nous deux cela s'adresse mais qu'il ne lui semble pas les connaître. Je regarde, mais deux filles châtain et en débardeur, dans une salle obscure, sont difficilement identifiables. Je réponds à ma soeur que je n'ai aucune idée quant à leur identité, mais que cela dit, elles ont davantage l'air d'avoir mon âge que le sien. Nous allons nous asseoir plus bas qu'elles, et continuons à débattre, pour finalement conclure qu'il doit s'agir de Fanny, une fille avec qui je m'entendais bien mais au ras des pâquerettes que j'ai connue dans mon premier collège, et à laquelle j'évitais de parler autant que possible depuis la révélation de son homophobie. Je ne vais pas lui parler, pour les raisons susdites.]|

medium_full_185x300.jpegAprès ce magnifique hors sujet, revenons en au film en lui-même. Les critiques en disaient, de manière générale, qu'il était moins réussi que le premier, un peu ennuyeux, moins efficace au niveau du rythme et de l'humour en général. Moins réussi, je ne sais pas, je n'arrive toujours pas à déterminer lequel des deux j'ai préféré, mais en tout cas il est différent. C'est toujours un Walt Disney modernes avec péripéties classiques agrémentées d'anachronismes linguistiques, méchants à tête de poulpe et touches d'humour irrésistibles, mais Dead man's chest est indubitablement plus sérieux que The Curse of the Black Pearl. Le contexte socio-historique y tient une place bien plus importante que dans le premier opus, où il n'était qu'un élément du décor, et par conséquent, les enjeux sont bien plus lourds ; en quelque sorte, la fatalité sociale a pris le pas sur la fatalité filiale, seule présente dans le premier volet, ce qui lui donnait un côté niais (il manque encore une fatalité, certes, et ce serait bien trop beau que ce soit elle qui dirige le troisième film, car je doute qu'un réalisateur comme Gore Verbinski (qui a fait Le Cercle) ait de telles références littéraires. Mais on peut toujours espérer). La reconstitution historique est très bonne, autant que je puisse en juger, au point de vue des décors, des costumes, des références... (visuellement parlant, mais également dans les dialogues, car il y a beaucoup d'explications contextuelles fournies par un improbable informateur). Le film n'est pas trop propre, juste assez pour que les enfants ne soient pas dégoûtés. Car, évidemment, si on est tatillon on remarque qu'ils sont moins méchants que dans la réalité historique, mais c'est un film pour enfants, et ce sont des flibustiers, que diable, et pas de bêtes boucaniers de Tortuga. Hum... associons cela avec la légende du Hollandais Volant, qui, si elle a commencé à apparaître vers 1666, est assez vivante dans le film pour la faire dater de plusieurs années, et avec le fait que Port-Royal commence à être dominé par les Britanniques... je suppose que la scène se passe à la toute fin du XVIIe siècle, pas avant 1680, et pas après 1692 (y a-t-il une date précise spécifiée dans les films ?). Il y a donc un très bel effort de concordance et de recherches, si bien que le tout semble très riche sans avoir ce petit côté "fourre-tout" souvent présent dans les oeuvres qui visent le triangle des Bermudes, l'endroit où tout se recoupe. Il est dommage que l'équipage du Hollandais Volant soit un groupe d'hommes-poissons, mais il aurait été lourd de recréer une autre communauté squelette, étant donné que tels étaient déjà les gentils moussaillons du Black Pearl.
Les personnages sont infiniment plus intéressants que dans le premier volet. Elizabeth, de demoiselle en détresse pleine de rêves d'aventures, assume davantage son caractère libre ; elle a grandi, et prend véritablement une place dans l'histoire. Jack nous apparaît davantage comme un être torturé - toujours aussi voyou (et séduisant *_*), mais plus complexe. Seul Will n'a pas beaucoup changé, mais suite à ce qu'il voit dans les dernières minutes, on peut espérer un troisième film où il basculera vers le côté obscur de la force. Changement radical du côté de Norrington (qu'est-ce que j'aime Jack Davenport moi) : il devient pileux et blasé, ce qui le rend tout à fait séduisant à mes yeux, car, rappelons-le, j'aime les hommes cyniques, perdus et violents. Tiens, ça explique aussi pourquoi j'aime Jack Sparrow. (Non non, contrairement aux apparences, je ne suis pas allée dans cette salle de cinéma que pour les acteurs ; mais je crois utile de préciser que ce film a de quoi extasier les meutes féminines. Keira Knighley, elle, ne porte plus de coiffures hautes mais des chapeaux, ce qui lui fait une machoire très carrée, et du coup, elle est moins jolie que dans The Curse of the Back Pearl) Tous les personnages tournoient dans ce scénario où chacun cherche son intérêt personnel, quand il sait où il se trouve ; chacun est destabilisé par les nouvelles configurations qui se succèdent et s'égare un peu plus. medium_normal_02.jpeg Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est là un film passionnant par son indéniable et bouleversante structure psychologique, cela dit, les personnages sont vraiment prenants ; selon son propre sens de la morale, de la justice et de la vie, on a forcément ses préférés, et nous voilà comme des enfants : "oh non, ne fais pas ça" - "allez, bats-le, plus vite, vas-y !". Ajoutons à cela que les scènes d'action sont très bonnes ; les combats sont magnifiquement réglés, et il y a des choses délicieusement puériles et stupides (la roue de hamster ou la course en cage), peut-être un peu longues, mais ô combien appréciables pour le public qui est juste là pour virevolter au bruit des capes et des épées qui sifflent dans le vent. Les traits d'humour, que nous attribueront à 80% à Johnny Depp, font en général immanquablement sourire. Il a des phrases fantastiques (je ne citerai que celle de la bande annonce, quand il voit Elizabeth arriver sur son bâtiment alors qu'elle est travestie en jeune mousse "Ces vêtements ne vous vont pas du tout. Portez une robe, ou rien. ...Et il se trouve que je n'ai pas de robe." =D), des situations grotesques à souhait, de plus, je le considère définitivement comme un des acteurs les plus doués que je connaisse pour les scènes décalées.
Quand au déroulement de l'histoire en lui-même, il y a toujours beaucoup de rebondissements... trop de rebondissements. C'était déjà un défaut du premier film ; étant donné qu'il y a plusieurs enjeux à chaque fois, et que chaque nouvelle péripétie est à tiroirs, il arrive un moment où on se surprend à espérer que le film se termine dans l'instant, parce que cela commence à faire beaucoup, et puis, on est mal assis sur ces sièges. Deux heures et demi, cela passe sans souci si les personnages traversent des épreuves successives pour arriver à un but final et définitif ; si les épreuves s'emboitent les unes dans les autres et si les objectifs diffèrent pour chaque personnage, le film en devient certes plus passionnant mais également moins accrocheur. Que voulez-vous, nous sommes des êtres humains dotés de cerveaux aux fonctions limitées, aptes à s'extasier devant des histoires simples, et enclins à l'ennui quand les schémas auxquels nous sommes habitués depuis notre plus tendre enfance font défaut. La façon dont s'articulent les évènements n'est pas mauvaise en elle-même, elle est simplement difficile à suivre.
Un dernier paragraphe - comment aurais-je pu faire autrement - sur la musique. Dans le premier opus, elle avait été composée par Klaus Badelt, assisté par plusieurs autres, notamment Hans Zimmer. Elle était vraiment excellente, avec des thèmes récurents percutants ; ce n'était ni une musique de fond, ni une musique d'ambiance, ni une musique de bruitage : elle était la vibration sonore des scènes qu'elle accompagnait, elle transportait le public au moins autant que les images. Cette fois, étant donné que c'était Hans Zimmer tout seul qui a composé la bande sonore, j'avoue que j'attendais avec impatience d'entendre ce qu'il allait faire, et à quel point on allait ressentir cette variation dans le choix des compositeurs. Je l'avais déjà écoutée avant même la sortie du film, et j'en étais vraiment très contente ; outre le fait d'avoir pu me glorifier de savoir reconnaître sa part d'idées dans le premier film, en fonction de ce qui revenait ou non dans celui-ci, j'ai été joyeusement surprise par les sympathiques accords, les gigues entrainantes et les fanfares à grand renfort de cors et de violons. Les mêmes thèmes musicaux ont été repris, chaque morceau est riche est différent des autres, tout en ne s'écartant pas des Caraïbes et des pirates. Mis à part le fait qu'une vélléité saugrenue l'ait poussé à intégrer dans le cd de la bande originale un remis techno de "He's a pirate", au final tout à fait raté (il avait également rajouté une piste techno sur le deuxième cd de Gladiator, et bien que légèrement innaproprié, c'était là un fort chouette remix), j'étais très enthousiaste quant aux compositions de ce deuxième film. Seulement voilà, il se trouve que transposé sur la toile cela ne donne pas du tout la même chose. Toutes ces jolies notes adhèrent bien à l'image, mais tout cela n'a l'air d'être qu'un copier/coller. On ne ressent pas la même fantastique fusion entre le son et l'action ; cette fois, la musique accompagne, illustre, et c'est tout. Elle est toujours aussi juste, mais je déplore qu'on glisse dessus sans la remarquer pendant le film. Dans le premier opus, c'était tellement puissant qu'on était tenté, tout en s'efforçant de suivre les cascades, de marmonner les notes, et de jouer avec ses mains aux vibrations des trompettes, alors que cette fois, on remarque à peine la musique, et pourtant, dans la salle où je me trouvais, le son était réglé à un volume particulièrement élevé. ...Ou peut-être de fait me suis-je inconsciemment bouché les oreilles pendant toute la durée du film. Non, définitivement, la musique est moins bonne cette fois.

medium_concept_dutchman3.jpeg Je pense que j'ai préféré Dead man's chest au premier film. Il est plus complexe, plus intéressant, peut-être parce que destiné à un public plus adulte, ou simplement plus curieux. C'est un film de qualité, indéniablement ; ensuite, il faut aimer les légendes de pirates, et ne pas avoir peur de s'amuser comme un enfant, car cela reste un film d'aventures. Mais je le place légèrement au dessus de ses congénères.

PS. je tiens à m'insurger contre l'horreur du sort du chien laissé sur l'île. C'est drôle, mais c'est cruel. Pauvre bête. Ce n'est vraiment pas moral.
PPS. je ne me relis pas, je poste ceci comme ça, hop là, merci de ne pas faire attention aux fautes de frappe probables ou aux incohérences argumentatives.

04.08.2006

Voilà

Voilà, c'est fait, mon asociabilité se lit sur mon visage depuis deux jours maintenant.

Racontons ma folle journée. Je taierai le nom du salon en question, parce que je ne tiens pas à le recommander, ni à lui faire une mauvaise réputation. C'est à dire que le personnel est très gentil, il répond à toutes tes questions que tu poses, te montre, t'explique, te rassure, et ils veulent te revoir après le piercing pour vérifier que tu n'as pas un gros abcès purulent et changer ta prothèse. Au niveau de l'hygiène, également, je n'ai rien à dire, j'ai vu l'autoclave, j'ai vu les petits emballages individuels, et la femme qui m'a percée, en prenant une aiguille sous emballage dans son tiroir, l'a faite tomber par terre ; elle l'a jetée pour en prendre une seconde, alors que l'aiguille n'était pas entrée en contact direct avec le sol. Je l'ai vue se laver les mains (pas pendant les cinq minutes recommandées, cela dit) et mettre des gants (j'étais alors trop occupée à fixer le plafond pour voir s'ils provenaient d'un emballage neuf, mais vu le mal qu'elle a eu à les enfiler, je dirais que c'était le cas). Elle a également bien fait attention à ce que je ne touche pas mon piercing. Mais... on ne peut pas dire que la salle de piercing soit un local à part (ce n'est pas devant tout le monde non plus, mais....), et ils ne te donnent pas énormément de recommandations non plus si tu ne leur demandes pas. Mais alors pourquoi, moi qui m'étais promis de fuir à la moindre chose suspecte, suis-je restée dans ces conditions ?
Commençons par le commencement : la sélection du salon. Il n'y en a que deux qui répondent positivement aux critères suivants : obéit aux critères d'hygiène réglementaires, a un site web qui montre des photos de la salle de piercing, n'a pas de fautes d'orthographe sur son site web, me fait une bonne impression, embauche du personnel qui me plaît. Je vais en ville, me balade, passe devant le premier. Je suis... réticente, là, toute seule, devant l'escalier descendant. Ce n'est pas de la peur, ni de l'appréhension, plutôt un malaise. Je repasse une fois devant pour confirmer cette sensation. Je me décide à éloigner mes pas de cet endroit, espérant que ce n'est pas un trouble dû à ce que je dois faire mais bien au salon en question. Je me dirige vers le second, même si l'autre avait théoriquement ma préférence - je dois avouer que ce second salon avait grapillé des points dans mon esprit à cause d'une jolie pierceuse qui y travaille (j'ai des critères très objectifs). Eh bien, ce salon... il se trouve qu'il est... plus lumineux... il y a une jolie vitrine qui exhibe des bijoux amusants... Un, deux, trois, je rentre. Je me dirige vers le comptoir. Et là, que vois-je ? Un jeune homme vraiment charmant. Je veux dire, vraiment, vraiment charmant. J'oublie la jolie pierceuse comme par enchantement, maintenant, lui, lui seul dans mon esprit, je marche, portée par un souffle transcendental, vers lui, la la la. Je ne saurais pas dire comment il était physiquement ; je me souviens de certaines caractéristiques (couleur des yeux, des cheveux, apparence, etc), mais le dépeindre... ce qui m'a fascinée, c'est l'impression générale que j'ai eue de lui, l'image qu'il représentait. C'était... un jeune éphèbe, ou un jeune dieu grec plutôt, à peine sorti de l'adolescence, qui virevolte de montagne en montagne de ses pieds ailés ; un corps mince mais sculpté par une musculature agréable, un visage long, une sensation d'harmonie des couleurs entre ses cheveux, son teint et sa peau. Et des bras couverts de tatouages, divers piercings sur les oreilles, aussi. Ce... ce paradoxe m'a vraiment émue. C'est tellement rare ; ça n'a rien à voir avec le fait de voir des tout jeunes (12-16) au look rebellisé, des jeunes qui se marginalisent pour dire "regardez-moi, je souffre" ; ces images-là m'inspirent davantage du mépris qu'autre chose. Là, c'était comme une représentation derrière une glace, comme une princesse en haut d'une tour, c'était si joli, si précieux, si fragile... si loin, si proche... Au diable, tout le reste, je veux toi, je reste là.
Je discute avec lui, parlons piercing, parlons banalités. Ce n'est pas lui qui me perce, ce n'est pas grave, et même, je préfère qu'il ne soit pas là à me trifouiller la bouche. On fait difficilement moins romantique (je suis sûre de mon hygiène buccale, là n'est pas la question. Disons plutôt que ce n'est pas le meilleur angle pour me regarder). Puis, alors que je m'installe, je me rappelle d'une conversation que j'avais eue avec un pierceur, alors que j'étais en Angleterre, et remercie le ciel que la conversation avec le bel éphèbe n'aie pas pris cette tournure là. "Quel genre de choses doit-on arrêter de faire pendant le temps de cicatrisation ?" - "Par rapport à la nourriture, éviter ce qui est trop épicé... fumer, boire..." - "De ce côté-là, je suis tranquille, je ne bois ni ne fume." - "... et... le sexe oral..." [petit silence, durant lequel je m'en veux d'avoir parlé de moi juste avant, car la logique voudrait que je continue à parler de moi maintenant. Mais bon, c'est ma faute, je suppose que je l'avais cherché. La prochaine fois, je tournerai ma langue sept fois dans ma bouche avant de parler, à moins que ça non plus ne soit pas recommandé.] Et cela me rappelle une autre conversation, qui date de la cinquième. Je parle, avec quelques unes de mes copines, avec le play-boy de la classe. Un garçon qui répondait tout à fait aux critères esthétiques en vogue à l'époque, qui me plaisait assez, d'autant plus qu'il était loin d'être stupide, contrairement à la majorité de ses congénères. Echange de propos collégiens habituels, je suis comme à l'accoutumée, je converse avec hauteur. Tout à coup, une de mes copines, exaspérée, me prend par le bras : "Mais arrête un peu d'être méchante comme ça !" - "Quoi ?" - "Discute normalement !" Et lui de s'en mêler, gentiment : "C'est vrai, Marion, tu es toujours... méprisante, dans la façon dont tu parles, avec les garçons surtout". Et moi d'être interloquée. C'est à ce moment-là que j'ai été consciente du fait que j'aurais toujours du mal avec les garçons.
A force de périgrinations intellectuelles, arrive le moment fatidique. "Je ne vais pas vous mentir, à la question 'est-ce que ça fait mal'... c'est un peu incisif, mais ça ne dure pas longtemps." - "Mmmh-mh (articulation rendue impossible par charcutage en préparation)" *TAC* "Voilà, c'est fini, ça a été ?" - "Très bien. Je m'attendais à pire." - "Je vous laisse regarder." (ben oui, encore heureuse) "C'est parfait, c'est tout à fait ce que je voulais." ..Oui, parce qu'il y avait eu, avec le pierceur d'Angleterre, une discussion épuisante à propos de la localisation exacte de mon piercing. La grande majorité des gens, m'a-t-il expliqué, le font entre le 6 et le 7 (ou le 1 et le 2) [explication : il s'agit de diviser la lèvre inférieure en huit parties de taille égales ; 0 et 8 représentent donc les commissures des lèvres, et 4 et le milieu]. Mais ma bouche est assez petite, bien que mes lèvres soient épaisses, et je ne veux pas un piercing vertical par rapport au visage (je précise 'par rapport au visage' parce que je ne veux pas non plus d'un piercing vertical tout court), rétorqué-je. Je voudrais qu'l soit légèrement en biais, ça irait mieux avec mon visage rond. C'est pour cela, me répond-il, que je te conseille de placer le tien sur le 7 (ou le 1). Comme ça, tu lui donnes une légère inclination vers l'intérieur. C'est ce que je pensais faire, d'autant plus que cela nécéssiterait un trou plus bas sur la peau, qui me permettrait un labret simple, mais est-ce que le trou trop sur le côté ne va pas choquer ? Non, je ne pense pas, pas si tu orientes l'anneau vers l'intérieur. Dans le cas d'un labret simple, ça ne choque pas du tout. Cool. Et puis, dis-moi, par rapport aux célébrités qui ont ce genre de piercing... tu redoutais les associations d'idées, donc... déjà, c'est plus original. Vrai. Mais alors il semble que tout ce que je fasse soit pour être originale. Tu sais que telles ne sont pas mes motivations. Le fait de le faire sur le côté gauche m'arrange déjà parce que la plupart des personnes connues arborant un piercing l'ont du côté droit, ce qui évite les "oh, tu t'es fait un piercing, comme XxX!". Le fait d'en faire un de travers m'arrange pour les mêmes raisons. Cela dit... je vais finir par ne plus savoir que telles ne sont pas les raisons qui m'ont poussées à choisir la gauche et le décalage. Peu importe. Je pense que ça se voit. D'accord.
Bla, bla, et je m'en vais, fière comme Artaban, regardant en douce mon reflet dans les vitrines. Je m'étonne de ne même pas avoir mal. Je me dis que ce n'est sans doute pas normal. Aujourd'hui encore, je ne suis pas rouge, ma peau n'est pas boursouflée, juste un peu enflée, pas de pus, de sang ou n'importe quel substance qui me prouverait que mon corps veut se défendre contre les agressions extérieures, rien. Je ne veux pas souffrir (encore que, ça me rassurerait), mais j'ai plus peur de ce rien que d'un éventuel quelque chose. Ma première nuit a été affreuse, parce que j'avais peur que mon oreiller diabolique ne me l'arrache pendant mon sommeil. Sinon, au niveau des réactions, il est vrai que cela change énormément le regard des gens dans la rue. Je suis passée au niveau supérieur, c'est assez surprenant de constater sur soi cette force symbolique que représente le piercing. Même si c'était théoriquement une évidence, le fait d'être marginalisée à cause d'une action qui n'a pas ce but est épuisant. Quand j'avais douze ou treize ans, je cherchais à me marginaliser par mon apparence. Cela marchait, mais ce n'était pas ce que je voulais ; il m'a fallu du temps pour m'en rendre compte. Je suis contente d'avoir attendu mes dix-neuf ans pour faire ce piercing, de ne pas avoir suivi mes pulsions pré-adolescentes stupides, pour lesquelles je me serais faire faire un piercing parce que (raisons en vrac) ça représente une marginalisation plus radicale, c'est l'expression de mon état d'esprit et de ce que je veux être, etc, et toutes les autres raisons plus ou moins ridicules qui ne pèsent rien par rapport à celles d'aujourd'hui. Et encore, je suppose que je peux m'estimer heureuse de ne jamais avoir pensé "je veux un piercing parce que c'est cool / parce que c'est rebelle". C'est désolant, en quelque sorte ; quand on veut sortir du lot, on n'est qu'un cliché de plus ; quand on finit par rationnaliser, accepter, comprendre, et agir en conséquence, on est marginalisé. Tant pis. La grande fille hésitante que je suis aujourd'hui accepte parfaitement la petite enfant perdue qu'elle a été. Elle en est fière, même.

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