« En ce moment j'écoute de la merde | Page d'accueil | 2.0 »

18.09.2006

Toujours plus loin dans les sujets graves

Comme je l’avais annoncé précédemment, je suis allée faire un tour dans des boutiques de lingerie fine. (Ce qu’il y a de bien, dans mon blog, c’est qu’on y trouve de multiples péripéties et des histoires qui se suivent.)
Donc, le constat est le même. Voilà, on ne va pas en parler trois heures, les petits seins n’ont plus leur place dans cette société. Ceci étant, et sans épiloguer davantage sur la déchéance de l’appréciation mammaire de l’humanité, je tiens également à parler d’un sujet sensible (merci à Kao' de m’avoir soufflé l’idée) : les strings. Je sais, mes sujets sont diablement éthérés, ces temps-ci.
Quand je suis entrée dans la boutique, j’ai eu l’impression d’assister à une réunion, un meeting, que dis-je, une congrégation du string. La répartition fessière de nos mannequins en plastique (recyclable) est la suivante : 60% slips ou culottes (je fais une distinction, peut-être fausse, entre les deux : les culottes sont pleines (elles recouvrent les fesses entièrement) alors que les slips non), 40% strings (ne sont bien sûr pas pris en compte ceux qui ne portent aucun des deux, c’est à dire les nuisettes, les shorties et les tout nus annonçant les promotions). Je suis encore heureuse de constater que les slips et culottes sont majoritaires, mais je pense qu’il faut surtout attribuer cela au fait que les mannequins ont pour postérieur en tout et pour tout un bloc pvc ne comportant que rarement l’incision bien pratique pour maintenir en place ce genre de sous vêtements à ficelle. Il est fort possible que certains modèles en soient dotés, mais comprenez que mon grand sens des conventions m’empêche d’essayer d’aller tirer cela au clair de trop près. Bref, il s’avère en réalité que tout ceci n’est qu’une gigantesque supercherie, car en pratique, lorsque l’on repère un modèle séduisant, et que par une chance inespéré il y a notre taille, on est rapidement déçu de constater que si l’on souhaite acquérir le bas assorti avec ce joli soutien gorge, nous n’avons pas vraiment le choix, car seul le string nous est proposé. Cela ne fait pourtant pas si longtemps que le string, il me semble, a pris son envol ; il y a quelques années encore, il était associé à la vulgarité et à certains films pour public majeur. Il est incroyable d’avoir à réaliser qu’aujourd’hui, désirer porter quelque chose d’un peu plus consistant qu’un triangle de tissu relié à trois ficelles, c’est très désuet.
Il y a deux séries d’arguments majeures que j’opposerais au monopole du string. La première relève d’une considération esthétique et sensuelle ; c’est donc très subjectif, en un sens (mais c’est mon blog, d’abord, suis-je tentée de réfuter), mais je soupçonne qu’il serait aisé de se rallier à certains arguments. Je trouve qu’un string, en soi, est quelque chose de tout à fait charmant. J’apprécie certaines des photographies qui les mettent si bien en valeur, et je suis capable de trouver ravissant un string dans une boutique. Mais mon problème est le suivant : je trouve qu’un string ne s’accorde pas avec un soutien-gorge. Le soutien-gorge est quelque chose de trop volumineux, qui court un trop long chemin sur notre corps pour pouvoir l’associer à quelque chose d’aussi petit. Je sais bien que certains strings sont autant pourvus en tissu, dentelles, rubans, et autres petits accessoires délicieux que certains slips, mais tout de même, ce contraste me frappe. Si l’on regarde une femme de dos, qui porte un string et un soutien-gorge, je trouve que visuellement parlant, cela ne la met pas en valeur. Elle a l’air d’être harnachée… tandis qu’un dessous plus épais rétablirait l’harmonie. La répartition du tissu doit à mes yeux obéir à une division relativement égale pour les deux partis, sinon, cela n’est pas agréable à voir, l’un est obligatoirement mésestimé par rapport à son congénère.
Et puis, je n’associe pas la sensualité au nu, ou au minimalisme vestimentaire. Je ne pense pas que plus on en montre, plus c’est sexy. Chaque chose se découvre en son temps (ou pas, mais alors, cela s’appelle communément un râteau). Cette tendance à fabriquer des modèles de dessous et de maillots de bain de plus en plus réduits m’exaspère. Elle semble vouloir me hurler que j’ai des goûts lamentables, mais il se trouve que je suis insensible à ces assauts.
Maintenant, il m’est inévitable de parler d’un élément certes déprimant mais tout à fait concret : on ne peut porter de string que si l’on ressemble à la dame sur les panneaux muraux Aubade. Si l’on a le malheur d’arborer plusieurs kilos en trop, le contraste évoqué précédemment est encore plus visible ; si à l’inverse on est trop mince, toute la dimension suggestive et coquine du string disparaît en proportion de sa trop grande apparition, à lui. Vous me rétorquerez (et vous aurez bien raison de rétorquer, j’aime les lecteurs vivants) que cela dépend avant tout de l’idéal féminin que chacun se fait et de sa vision de la chose. Ceci est en partie vrai, mais d’un autre côté, les vêtements de lingerie ne sont-ils pas dessinés pour ces femmes au corps parfait, et les déclinaisons en tailles différentes ne sont-elles pas que des adaptations de la chose, et en conséquence, il me semblent qu’elles n’ont pas eu la chance de bénéficier d’une réflexion suffisante sur ce que cela donnerait effectivement. Car nous vendons du rêve, nous vendons des idéaux pour de simples êtres humains.
La deuxième considération est, bien entendu, pratique. Les strings, c’est drôlement bien parce que, quand on porte un pantalon serré, on ne voit pas la marque du slip. D’accord. J’accepte cet argument. Mais.. je ne suis pas sûre d’avoir saisi à quel moment exactement on a déclaré qu’il était disgracieux de deviner les élastiques des slips sous les pantalons. Personnellement, je trouve cela charmant ; je ne scrute pas les postérieurs de ces demoiselles dans la rue, mais si par hasard je le remarque, cela me fait sourire. C’est comme un petit défaut qui transparaît ; j’apprécie ce genre d’inachèvement, de petit détail laissé involontairement, de la même façon que j’apprécie un chignon légèrement défait. Cela fait partie des aléas, des choses du quotidien, des choses normales. Je trouve dommage d’avoir crée un string et d’avoir établi en convention le fait que c’était un sous-vêtement plus esthétique. Je suis consciente que notre conception de la beauté est difficile à détacher de celle de la perfection, mais je regrette que petit à petit, on ne nous laisse même plus le choix.
Cela rejoint un peu le délicat problème de la vulgarité effective ou non du string qui dépasse du pantalon. Si le sous-vêtement dépasse juste un peu, de sorte qu’on ne voie qu’un peu de dentelle, je n’ai rien contre, cela peut même être très joli. Mais s’il dépasse à tel point qu’il n’y ait plus aucun doute possible sur le ait qu’il s’agit bien d’un string, je trouve cela obscène. Outre le fait qu’une telle exhibition de sous-vêtements me semble déplacée (particulièrement chez des gamines pré pubères, mais c’est une autre question), je ne comprends pas le côté sensuel de la chose. On voit trop, il n’y a plus rien à chercher.
Parlons confort, à présent ; je suis toute prête à entendre des filles exprimer à quel point les strings sont agréables à porter. En ce qui me concerne, je ne partage pas ce point de vue. C’est peut-être bien en grande partie une question d’habitude. Etant accoutumée aux slips, il m’est très étrange d’avoir quelque chose qui – comment dire cela de manière élégante ? – s’immisce dans une partie très intime de mon anatomie. J’ai en permanence tendance à vouloir remettre en place quelque chose qui ne peut l’être. J’avais essayé, pendant un temps, d’en porter pendant plusieurs jours d’affilée afin de me prouver que l’on s’habitue à tout. Et si effectivement la sensation de dérangement s’estompe – sans jamais disparaître totalement toutefois – d’autres désagréments se sont posés à moi. J’avais l’impression de ne pas être assez couverte, d’être nue sous mes vêtements, parfois. Pour résumer, question confort, je repasserai. Mais si toutefois, une personne appréciant les strings et ayant un autre point de vue que moi sur la question lit ces lignes, je serais ravie d’entendre cet avis contraire.

Voilà mes récentes découvertes et désillusions, dans le domaine si prisé des dessous féminins… Et je n’ai même pas parlé de la combinaison soutien gorge rembourré / string. Je ne sais quel courant d’art moderne prône cette association maximaliste / minimaliste, mais je subodore que ce soit pour illustrer le paradoxe et la vacuité de l’être. Quoi qu’il en soit, c’est tout à fait laid, mais je suppose que mon œil n’est pas apte à apprécier ces choses de goût.
PS. Après, je m’étonne qu’on tombe sur mon blog en tapant des termes sexuels. J’ai parlé de fesses pendant toute la durée de ce post.
…Je me dois de me racheter, et de faire remonter l’estime hypothétique que mes lecteurs hypothétiques pourraient hypothétiquement avoir pour moi. Plus tard, je vous parlerai d’amour.

Commentaires

Bonne réflexion, votre vision du monde est exceptionnelle...

Merci...

Ecrit par : Mens | 20.09.2006

Ecrire un commentaire