03.02.2007
Intermède
Je ne sais pas pourquoi j'ai craqué, j'étais pourtant de bonne humeur à ce moment là, mais bon dieu qu'est-ce que ça fait du bien.
J'arrive près du panneau d'affichage, pleine d'espoir étant donné que, selon les dires de M. Rocher, le bug informatique avait été corrigé et la publication de la liste des admis était imminente. Effectivement, je vois qu'elles y sont. Je m'approche pour lire mon nom, et j'entends "Marion c'est bon tu l'as !". Je ne me retourne même pas. Je rétorque, très méchamment "j'aurais préféré m'en rendre compte moi même, Carole". "Oh ça va je voulais te faire plaisir hein" - "oui je sais, mais déjà l'année dernière tu m'avais fait le coup, et je n'avais pas apprécié. On préfère constater son admission par soi même. Tu avais fait ça à Hélène aussi, tout le monde te dit que c'est pénible, alors faut pas t'étonner" - "oh ça va, faut se calmer, y en a plein qui aimeraient avoir ta chance. Tu fais partie de l'élite !" - "j'ai aucune envie de me calmer face à toi, et ça n'a rien à voir avec la chance alors lâche moi. Je me contrefous de faire partie de l'élite." - "non mais ça va hein, faut te calmer" - "J'étais très calme avant que tu viennes me harceler. Je ne t'ai rien demandé et je ne suis pas d'humeur alors laisse moi tranquille." Là, elle peste et s'éloigne un peu. Moi, j'appelle Hélène avec mon petit portable (qui est pourtant seulement un étage plus haut, Hélène, pas mon portable, mais je n'allais pas monter pour redescendre après, et puis, un groupe arrivait), je lui dis que les notes sont là, je lui dis qui en FLE est admis ou pas, je l'entends répéter, puis elle me dit "on arrive". Entretemps, le groupe en question (le reste des... disons des EJ, puisque les autres sont les FLE et les RI, je ne vois pas pourquoi, nous aussi, on n'aurait pas le droit à une initiale) s'approche, je leur fais comprendre que la liste est enfin là, ils s'agglutinent autour du panneau comme autant de petites mouches angoissées. Tout ce petit groupe discute, et tout à coup on entend "bon ben je m'en vais, puisque de toute façon personne ne m'apprécie!!". Silence d'une micro seconde, puis rires francs qui fusent de partout. Grégory me regarde pour comprendre (c'est formidable, ces gens que tu as dans ta classe depuis trois mois et à qui tu n'as jamais parlé. Ca m'est arrivé des tas de fois cette semaine). C'est normal, je viens de l'engueuler, expliqué-je. Il hoche la tête comme pour signaler qu'il saisit, et sourit. Tout le monde en fait autant. Finalement, peut-être que tout le monde doit péter les plombs un jour ou l'autre. Je voulais conserver mon statut d'idole mais faire partie de la meute de chiens est salvateur. [Je sais que tout cela peut sembler très méchant. Mais il faut voir qui est la fille incriminée.]
Hélène arrive, suivie de Pierre et de Sylvia. J'explique ce qu'il s'est passé avec Carole, ce qui fait rire tout le monde. Hélène me fait remarquer qu'elle ne m'aimera plus jamais, ce à quoi je réponds que ce n'est pas grave, et que de toute façon, ça n'était même pas certain. Les otakus ont des réactions si imprévisibles quand ils se sentent seuls... Certains font du cosplay (c'est ça, en fait, c'est peut-être un cosplay permanent, ça expliquerait), d'autres font des photocopies, d'autres s'immiscent dans les conversations. Elle trouvera. Je demande à Pierre s'il est au courant de ce que j'ai essayé de faire lundi pour lui. Il me répond que oui, on lui en a parlé. Qui ? Je ne sais pas, c'est un mystère. Sans doute Aurore, j'ai l'impression qu'elle n'est pas très discrète comme fille. Cela me fait penser qu'elle n'a pas son semestre (comme la plupart de ceux qui étaient là mercredi soir. A vrai dire, Aurélie et moi sommes les seules à l'avoir obtenu. J'en connais une qui va gueuler, via M. Kubota, bien sûr). Hélène non plus. Sylvia l'a eu, donc elle est un peu rassurée, quant à Pierre, il est dégoûté de ne pas avoir obtenu de mention autre que Passable. Tout le monde lui rétorque que c'est déjà super d'avoir eu le semestre, etc. Je ne dis rien, je comprends ce qu'il ressent, et les gens qui estiment que tu n'as pas à être déçu par un résultat meilleur que le leur m'énervent. Je l'écoute parler alors qu'il cherche les gens qui on eu des mentions. "Ah Eric et Gregory sont les deux seuls à avoir eu Bien. ... ah non, en bas y a quelqu'un aussi, sur l'autre feuille, je crois. C'est..." Moi, je me cache derrière. Je ne dis rien. J'en ai marre. Je prie pour qu'il ne dise rien.
C'est pas vraiment la forme depuis hier. Et je sais que je n'ai même pas le droit de dire ça. De la même façon que Pierre n'a pas eu le droit d'exprimer sa déception. Je souhaitais vraiment ne pas être dans son cas, me retrouver avec la mention dont je ne voulais pas. On m'aurait lapidée sur place.
Bref, ça m'énerve de ne pas rayonner avec toutes les choses géniales qui se sont passées mercredi et hier. Mercredi, je me suis rendue compte que Mme Lévy se souvenait très bien de moi, trop bien, et que je n'ai plus de souci à me faire.
Elle me surestime et veut que j'aille à Paris en mars (bien sûr, évidemment. Je pourrais aussi me promener avec un chapeau dans les mains, à votre bon coeur m'sieurs-dames, je crois que ça sera plus fructueux. Et Mme Suzuki, derrière, qui regardait l'air de dire "elle, elle est douée ? vous êtes sûre ?"), en grande partie parce que Takashi 1&2 lui ont dit que ça s'était vraiment très bien passé avec eux. Ce à quoi j'ai répondu que ce n'était pas vrai, que je n'étais pas d'accord avec ce point de vue. Elle a dû croire que je disais cela par pure modestie. Mais qu'est-ce que je pouvais dire d'autre pour la convaincre ? En fait il est gentil avec moi parce qu'il m'aime bien, à cause d'une bête histoire de crustacés ? Ce n'est pas très crédible. Et pourtant c'est ça, à la base. Bref... Et je vais avoir beaucoup d'argent, aussi. Yop. C'est déloyal. Encore plus tard, Aurore qui me dit qu'elle est contente qu'on soit toutes les trois. Et la plus grosse surprise : j'ai parlé avec quelqu'un de la classe que je trouve très sympathique. Un garçon que pas grand monde n'apprécie (je ne l'appréciais pas non plus jusqu'à très récemment), parce que l'image qu'il donne est très différente de son vrai caractère. Du moins, de la partie de son caractère que j'ai pu voir. Je me sens assez mal. Je me rends compte que les points sur lesquels je me suis permise d'avoir une opinion sur lui ne sont pas ceux en se basant sur lesquels on peut parvenir à un avis juste. Et le pire dans l'histoire, c'est que c'est moi qui ai fait ça. Moi. J'ai des voix qui résonnent dans ma tête. Celles qui ont deviné, qui j'étais, ce que je voulais (aucune allusion à Laurent =D *plaf*). Ca ne m'a même pas servi de leçon. Personne n'est Superman. Des fois, tu vois des gens autour de toi, et tu es imperméable à ce qu'ils peuvent être. Tu ne vois rien. Parfois tu vois les gens, tu les vois tels qu'ils sont. Quand tu as un déclic. Une sorte de coup de jus. Rien de très rationnel. C'est très soudain, les gens t'apparaissent tels qu'ils sont vraiment. Et tu ne penses même plus à toutes les idées que tu as pu te faire avant. Tu as juste le visage de l'autre en face de toi, et tu parles. C'est si simple. Le compteur se remet à zéro.
Il n'a pas eu son semestre, lui non plus. Personne n'a eu son semestre, de toute façon, c'est l'hécatombe cette année. Ca m'énerve.
Bref, ce n'était pas ce que je disais à l'origine. J'étais en train de me plaindre de ne pas pouvoir me plaindre. C'est extraordinairement injuste. Non pas que je sois incapable de relativiser et de me dire que je peux m'estimer heureuse au vu du sort d'autres, mais simplement qu'on ne peut me demander de me complaire dans une satisfaction absolue que je ne ressens pas. Je suis désolée si ça semble ingrat ou inconsidéré. Je n'ai ni le droit de montrer que je suis contente, parce que cela passerait pour un manque de délicatesse, ni celui de montrer que je ne le suis pas complètement, pour la même raison. J'ai juste le droit d'être là et de ne parler qu'à demi-mots, pour ne froisser personne. Cette vie sociale-là est épuisante. Certaines personnes me manquent. Je crois qu'au fond, il me tarde que cette année soit finie. Histoire de tout laisser tomber, et de voir qui sera là au retour. Sans doute pas grand monde. Les inscriptions sont ouvertes, et je prends les paris, aussi.
Au fond, je n'ai sans doute pas réalisé encore. Si j'avais réalisé, est-ce que je ne devrais pas être en ce moment débordante de joie, à crier la nouvelle sur tous les toits ?
Pour me calmer, j'emmène Little Sue au ciné. La semaine dernière on a fait Little Miss Sunshine. Je recommande ce film. Je l'y ai emmenée en m'attendant à une critique basique de la société du culte de la beauté et du gâchis des petites filles, etc, mais finalement, c'est beaucoup plus déjanté que ça. Cela aborde un grand nombre de thèmes intéressants, sans prétention aucune, sans aucune connotation moralisatrice. J'aime beaucoup les road-movies de manière générale, je trouve que cette construction offre beaucoup de possibilités et un découpage propice à un bon enchaînement, si c'est bien fait. Ici, ça l'est. Ce film est vraiment riche. Et puis, il est vraiment drôle. Un mélange de cocasse et de cynique qui rend très bien.
Cette fois, on va voir Das Leben der Anderen. Je ne suis pas sûre du titre en français, je crois que ça doit être une traduction littérale, La Vie des autres. Je sais qu'il me suffirait d'aller sur google pour le vérifier, mais j'aime bien imaginer et esayer de me souvenir sans avoir de certitudes. C'est triste, une certitude. C'est la fin de quelque chose.
14:50 Publié dans And Stay Fashionable | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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