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13.02.2007

Les petits bonheurs de la vie étudiante

Quand on est étudiant et qu'on arrive au moment où on va avoir son diplôme, on en vient à se poser la question fatidique : quid de l'an prochain ? Je suis déjà soulagée du poids de ne pas avoir à me demander ce que je ferai, car j'ai décidé depuis longtemps de continuer dans ma lancée ; en revanche, la problématique du moment était : où vais-je ? Je peux rester en province, gentiment, et bénéficier d'un enseignement correct, ou viser plus haut. J'en ai la possibilité, maintenant que je suis majeure et en tête de classe ; ça reste compliqué, il y a des demandes à faire, mais c'est tout à fait jouable.
Donc, ma décision est prise, je tente la fac de xxx. Je ne suis pas la seule à essayer, à vrai dire, nous sommes cinq, à priori. Mais je suis en bonne place, me répète-t-on à longueur de journée. Soit. J'accepte de la croire. Je persuade Aurélie qu'elle sera des lauréats également - car je le pense vraiment. Et ensemble, on commence à envisager sérieusement notre vie future là-bas, parce que, mine de rien, dans une grande ville où on ne connaît personne, on est perdu. Première étape : le logement.
Il semblerait qu'il y ait à proximité de la fac deux bâtiments de logements universitaires (pas exactement des résidences). Les prix sont un peu plus hauts que ceux de Bordeaux (175 et 200, contre 130 environ ici, me semble-t-il). Première grimace. Ensuite, on regarde le détail. Ayant en tête les cages à lapins aux volets bariolés (au mieux) ou inexistants (au pire) de notre campus, dont l'équipement comprend en tout et pour tout un lit de camp, si tu as de la chance, un bureau/table d'un design qu'un esthète nihiliste aurait qualifié d'intéressant, deux prises sur lesquelles tu dois faire cohabiter ta lampe, ton ordinateur, ta chaîne ou ton mp3 (le mp3 est recommandé pour éviter de voir passer son pauvre voisin au travers de la cloison, alors qu'il voulait juste frapper contre le mur), ta plaque chauffante, ton chargeur de portable, ton épilateur, ton sèche-cheveux et ton réveil matin (je ne possède pas la moitié de ces objets, mais il m'a semblé que les étudiants qui arrivaient à convaincre leurs parents de les mettre en résidence universitaire se débrouillaient également pour acquérir, au dépens de leurs mêmes parents qui croient racheter leur culpabilité, toutes ces choses), une penderie (c'est un euphémisme ; il s'agit en réalité d'une porte coulissante dissimulant un petit placard traversé à mi-hauteur par une barre de fer agressive et trois cintres gris), et un petit coin commodités (c'est à dire un lavabo ; les WC et la douche, c'est sur le palier, et tant pis si tu voudrais de l'intimité), nous ne nous attendons pas vraiment à mieux, d'autant que dans cette ville à laquelle nous aspirons, les loyers sont chers, selon l'avis commun. Et là, c'est le choc. Premier cas : salle de bains et toilettes privées, penderie, lit, bureau et chaise, étagères, téléphone, frigo (oups, frigo est une marque, je ne devrais pas dire ça), balcon (incroyable), etc (?). Plus la cuisine et la buanderie communes. Nous sommes assez impressionnées. Deuxième cas : exactement la même chose, si ce n'est que tu as ta cuisine privée avec un micro-onde fourni, et une télévision. (Une télévision ? Est-ce que ça fait partie du programme scolaire ?)
Ensuite, je me dis que je ferais mieux d'arrêter de penser à ça avant de savoir si je vais effectivement à Paris ou non.

Je suis dans une classe assez intéressante ; en première année, nous étions une centaine d’étudiants, peut-être un peu plus. Alors, on considérait qu’on ne pouvait pas connaître tout le monde, de toute façon, donc chacun medium_fig1.JPGavait un petit panel de cinq à dix connaissances, et s’en tenait là. Il n’y avait pas de « groupes » d’étudiants, de logique clanique, simplement, l’ambiance était assez individualiste. Le fait d’arriver en fac nous faisait nous sentir adultes, pleins d’avenir et de responsabilités, et nous avions tous en tête ces séries américaines ou le campus est un endroit super sympa où on peut arriver dans une salle, s’asseoir et repartir à la fin sans avoir à dire quoi que ce soit à qui que ce soit. En deuxième année, l’étau se resserre : nous ne sommes plus qu’une quarantaine. Beaucoup d’éléments ayant été laissés en route, et de plus, la classe étant découpée en deux (nous, LCE, quarante, plus la deuxième moitié, LEA, qu’on ne voyait plus qu’à la moitié des cours, vingt), l’ambiance devient plus tendue. On a conscience de la menace permanente des examens, de la compétition élitiste, etc. Fatalement, les individus se regroupent en entités, souvent des dérivés des ensembles d' élèves qui s’étaient medium_fig2.JPGformés en première année, sans pour autant former des factions imperméables. Mais cette fois, c’est bel et bien une guerre sans merci qui s’installe, à coup de messes basses et de critiques acerbes des autres regroupements. Dans ce cas là, on a plusieurs options : former un clan, en espérant que ce soit le plus fort (en effet, un groupe d’élèves avait fini par compter de plus en plus d’adeptes, à force d’englober les petits groupes qui gravitaient autour), rester seul, dans l’indifférence générale, ou former un binôme, à la rigueur trinôme, capable de vivre en autarcie. Ce que j’avais fait – je remercie d’ailleurs mon alter ego de l’époque, Hélène, sans qui j’aurais indubitablement fait mon année seule. A la fin de l’année, tout le monde se détestait et il régnait un climat de mépris cordial. En troisième année, c’est l’hécatombe. Nous ne sommes plus que trente, quant aux LEA, ils sont à peine plus de dix. Dans le clan si fort et si omniprésent de l’année précédente, ça a été un carnage, très peu sont encore là, beaucoup des membres les plus forts ne sont plus présents, de sorte que le groupe est perdu et se divise… medium_fig3.JPGsi bien qu’au début de l’année, ne subsistent que des binômes ou des unités. La disparition de la moitié des personnes semble faire également disparaître une grande partie des tensions. De plus, nous sommes dispatchés en trois groupes de dix, correspondant à nos différentes options. Petit à petit, par nécessité, par sentiment d’obligation et de politesse élémentaire, on adresse la parole à d’autres. D’abord juste un mot, comme ça, pendant un cours, puis une conversation légère, puis des discussions plus complètes… Et quand quelqu’un que tu connais parle à quelqu’un que tu ne connais pas, tu t’immisces doucement et tout naturellement dans le débat. Et au fur et à mesure, tu connais tout le monde, tu parles à tout le monde. Pas forcément beaucoup à chaque fois, pas tous les jours, et bien sûr, tout le monde ne s’inscrit pas dans ce petit monde merveilleux, mais le principe reste. Et c’est vraiment agréable.
C’est dommage qu’il ait fallu deux ans, même si, au fond, c’est tout à fait logique. Et il est amusant de constater qu’université ou pas, le niveau reste toujours celui du collège. Ceux qui sont cool, ceux dont on se moque, ceux avec qui on est en rivalité, ceux qui sont solitaires, etc. Et dire que l’université est quelque chose que tout lycéen a tendance à idéaliser, en imaginant que tout va pouvoir changer pour lui, pour ceux qui n’ont pas une bonne situation, ou en imaginant que tout va être encore mieux, pour ceux qui sont déjà confortablement assis… Aucune amélioration dans le domaine de la maturité. Toujours des gosses, moi la première.
[Ca me rappelle ce que m'avait dit ma prof de français en terminale. Que je devais aller en prépa, que ça me correspondrait mieux, que les élèves y étaient beaucoup plus matures, qu'on y formait des adultes, alors que l'université était un repaire de dilettantes. Et alors...? Moi, j'avais envie de liberté... le fait d'être autant encadré par les professeurs, comme au lycée, me donne l'impression de ne pas me devoir les choses que je fais, de ne pas être assez impliquée dans ce que je fais. Ah oui, je ne lui ai pas non plus parlé de mon énervement général envers le système éducatif. Quoiqu'il en soit, j'ai choisi le camp des gamins, et je ne regrette rien. Pourquoi cette politique éxaspérante qui vise à diriger systématiquement les bons élèves vers la prépa ? Pour former une élite ?]

Un de mes professeurs a eu la gentillesse de me prêter un livre. J’ai l’intention de lui rendre le plus vite possible, évidemment (c'est à dire le 2 mars, entre les amuse-gueule et le riz), mais je l’ai à peine commencé je ne l’ai pas encore terminé. En guise d'excuse, j'avancerai le fait qu'il est beaucoup plus long que ce que j'aurai cru, et que je suis en train déjà de lire plusieurs livres passonnants. Je ne peux pas le garder dans mon sac (sac : nom donné affectivement à une vieille besace de 8 ans d'âge, repeinte et recousue de partout) pour le lire dans le bus, parce que j'ai peur de l'abîmer. Je ne peux pas le lire le soir, parce que j'ai besoin de mon dictionnaire à côté, et si je n'ai plus droit aux "Marion ta lumière steplaît..." plaintifs et endormis, ce sera assurément le "Marion tourne pas les pages si fort" (prétexte idiot, j'en conviens, mais que voulez-vous, elle est si mignonne cette petite).
Donc, ce n'est pas ma faute, n'est-ce pas ?

Commentaires

Ca respire la vérité ces schémas (et les commentaires aussi bien entendu). Quant à la prépa, je ne serais pas si affirmative pour dire qu'on y forme des adultes. Nous sommes de loin les plus gamins du lycée - il est même arrivé que l'on se fasse virer du cdi parce que l'on empêchait les terminales de travailler. Et l'élite... j'espère bien pour la nation que ce n'est pas là son élite. Ou alors je comprends mieux pourquoi c'est le capharnaum ^^

Ecrit par : mimylasouris | 13.02.2007

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