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15.02.2007

De l'art de se prendre un rateau le lendemain de la Saint Valentin

D'accord, le titre de cette note ne correspond pas à ce qu'il m'est arrivé aujourd'hui. Cela dit, c'est ce qu'il aurait pu se passer aujourd'hui. En conséquence de quoi, ce n'est pas un mensonge, juste une alternative pour me donner un titre choc.
Explication : il y a un garçon que je trouve vraiment charmant, un de ces garçons de derrière le comptoir (je suis incapable de me rappeler si j'ai déjà exposé ma théorie sur les garçons de derrière le comptoir. Je ne crois pas. Pour résumer, cette catégorie regroupe tous les gens que tu ne vois que sur leur lieu de travail, et de qui tu es séparée d'un comptoir : vendeurs, caissiers, etc. Bref, le fait d'avoir été moi-même pendant longtemps une fille de derrière le comptoir m'a fait réaliser que dans le cas où une personne de derrière le comptoir et une personne de l'autre côté du comptoir se plaisent, c'est à la personne de derrière le comptoir de faire un signe, quelque chose, pour faire comprendre un feu vert au flirt. Parce que quand tu es derrière ton comptoir, et que tu plais un peu (pas besoin d'être une bombe), tu peux être sûre que les tentatives lourdes et pénibles pour attirer ton attention vont s'enchaîner. Et cela est flatteur, en un sens, naturellement, mais également tellement exaspérant à la longue que tu deviens totalement imperméable même aux tentatives d'approche de ceux qu'en temps normal, tu n'aurais pas rejetés. Cela dit, comme tu es derrière le comptoir, tu dois être mignonne et souriante et chaleureuse, parce que c'est ton job, donc il est difficile d'envoyer paître les inopportuns. Tu dois même te servir du fait que tu plais pour vendre ; eh oui, c'est cruel, mais c'est la vie. Cela m'a permis de réaliser concrètement que, si un vendeur te sourit, ou te regarde avec des yeux doux, ça ne veut pas forcément dire que tu lui plais. Ca veut peut-être simplement dire qu'il veut que tu reviennes, et pas sans ton porte-monnaie. Fin de l'explication.). Je le trouve simplement charmant, je veux dire par là que physiquement il me plaît, qu'il a des réactions et des phrases qui me font rire, et il est adorable avec moi. Ca ne sous-entend pas que j'ai des vues sur lui. C'est juste le genre de personne que j'aime bien voir, c'est tout. (en plus, cette boutique, c'est le genre qui me prend tous mes sous parce que je suis passablement dépourvue de toute velléité de résistance dès que je passe le pas de la porte. Cette boutique m'affaiblit.) Bref, c'est juste un petit coup de foudre sympathique, pas un gros coup de foudre amoureux. Il était important de préciser ce fait.
Aujourd'hui, je vais le voir, dans sa petite boutique. Il est très gentil, comme d'habitude. On discute, de tout, de rien. Et il me sort une ou deux petites phrases qui, si j'avais été intéressée par lui, auraient été assassines. Exemple : "j'ai l'âge d'être ton père" (alors que non, pas du tout en plus, je ne suis pas si jeune que ça, faut arrêter). Donc, si j'avais oublié ma théorie des garçons de derrière le comptoir et si, juste pour le fun, j'avais entrepris de flirter avec lui, je me serais ramassée.
Il n'y a aucune morale à cette histoire. J'avais l'impression de partir sur quelque chose, mais en fait non, alors autant laisser tomber.

Je suis une fille qui réagit à l'actualité et aux problèmes de la société, c'est pourquoi, en parfaite (ou presque) concordance avec le calendrier, je vais vous parler de la Saint Valentin en question.

medium_672065725.gifLa mienne, d'abord.
Eh bien... ça n'était pas une mauvaise journée. Cela dit, ce n'était pas une Saint Valentin non plus, puisque sans valentin, c'est difficile.
Je suis réveillée par la radio de ma soeur branchée sur Skyrock, qui rappelle bien fort que c'est la Saint Valentin et que si vous n'avez pas de valentin, vous êtes ringard (je suis ringarde). Je pense à une amie, Delphine, qui doit être démoralisée à cause de cette foutue date. Je lui envoie un petit sms (vive la technologie) lui souhaitant une bonne Saint Valentin quand même, parce qu'on s'en fiche, après tout. Quand je la retrouve, deux heures plus tard, en ville, elle me dit que ça lui a fait tellement plaisir qu'elle m'a fait un ptit truc. Un ptit truc ? demandé-je, impatiente et excitée comme une gamine à qui on promet un paquet de bonbons. Et c'est en fait un petit coeur en papier, avec un mot gentil dedans. Une toute petite chose bricolée en deux minutes, mais c'est tellement gentil. Et tout à coup, plus aucune perspective de dépression à l'horizon. C'est aussi ça, la Saint Valentin ; quitte à fixer un jour pour fêter l'amour, autant ne pas célébrer qu'une sorte d'amour.
Hier, j'ai aussi décidé, en collaboration avec un ami (je n'oserais m'en attribuer le seul mérite, c'est lui qui m'y a fait penser, une histoire de lapin, je présume), de créer la Non-Saint Valentin. Même principe que le Non-anniversaire, tu en un as 364 fois par an, mais c'est réservé aux célibataires. D'accord, c'est pas nouveau, et je suis sûre que dix mille personnes ont dû y penser avant moi, mais quand même, sur le coup, c'est une joyeuse invention.
*Je souhaite donc à tous les célibataires une chouette Non-Saint Valentin, youpla*

Il y a des chances pour que je réédite cette note. Je vole vraiment bas, ce soir. J'ai certainement fait pire, mais c'est la première fois que ça m'indiffère si peu.

13.02.2007

Les petits bonheurs de la vie étudiante

Quand on est étudiant et qu'on arrive au moment où on va avoir son diplôme, on en vient à se poser la question fatidique : quid de l'an prochain ? Je suis déjà soulagée du poids de ne pas avoir à me demander ce que je ferai, car j'ai décidé depuis longtemps de continuer dans ma lancée ; en revanche, la problématique du moment était : où vais-je ? Je peux rester en province, gentiment, et bénéficier d'un enseignement correct, ou viser plus haut. J'en ai la possibilité, maintenant que je suis majeure et en tête de classe ; ça reste compliqué, il y a des demandes à faire, mais c'est tout à fait jouable.
Donc, ma décision est prise, je tente la fac de xxx. Je ne suis pas la seule à essayer, à vrai dire, nous sommes cinq, à priori. Mais je suis en bonne place, me répète-t-on à longueur de journée. Soit. J'accepte de la croire. Je persuade Aurélie qu'elle sera des lauréats également - car je le pense vraiment. Et ensemble, on commence à envisager sérieusement notre vie future là-bas, parce que, mine de rien, dans une grande ville où on ne connaît personne, on est perdu. Première étape : le logement.
Il semblerait qu'il y ait à proximité de la fac deux bâtiments de logements universitaires (pas exactement des résidences). Les prix sont un peu plus hauts que ceux de Bordeaux (175 et 200, contre 130 environ ici, me semble-t-il). Première grimace. Ensuite, on regarde le détail. Ayant en tête les cages à lapins aux volets bariolés (au mieux) ou inexistants (au pire) de notre campus, dont l'équipement comprend en tout et pour tout un lit de camp, si tu as de la chance, un bureau/table d'un design qu'un esthète nihiliste aurait qualifié d'intéressant, deux prises sur lesquelles tu dois faire cohabiter ta lampe, ton ordinateur, ta chaîne ou ton mp3 (le mp3 est recommandé pour éviter de voir passer son pauvre voisin au travers de la cloison, alors qu'il voulait juste frapper contre le mur), ta plaque chauffante, ton chargeur de portable, ton épilateur, ton sèche-cheveux et ton réveil matin (je ne possède pas la moitié de ces objets, mais il m'a semblé que les étudiants qui arrivaient à convaincre leurs parents de les mettre en résidence universitaire se débrouillaient également pour acquérir, au dépens de leurs mêmes parents qui croient racheter leur culpabilité, toutes ces choses), une penderie (c'est un euphémisme ; il s'agit en réalité d'une porte coulissante dissimulant un petit placard traversé à mi-hauteur par une barre de fer agressive et trois cintres gris), et un petit coin commodités (c'est à dire un lavabo ; les WC et la douche, c'est sur le palier, et tant pis si tu voudrais de l'intimité), nous ne nous attendons pas vraiment à mieux, d'autant que dans cette ville à laquelle nous aspirons, les loyers sont chers, selon l'avis commun. Et là, c'est le choc. Premier cas : salle de bains et toilettes privées, penderie, lit, bureau et chaise, étagères, téléphone, frigo (oups, frigo est une marque, je ne devrais pas dire ça), balcon (incroyable), etc (?). Plus la cuisine et la buanderie communes. Nous sommes assez impressionnées. Deuxième cas : exactement la même chose, si ce n'est que tu as ta cuisine privée avec un micro-onde fourni, et une télévision. (Une télévision ? Est-ce que ça fait partie du programme scolaire ?)
Ensuite, je me dis que je ferais mieux d'arrêter de penser à ça avant de savoir si je vais effectivement à Paris ou non.

Je suis dans une classe assez intéressante ; en première année, nous étions une centaine d’étudiants, peut-être un peu plus. Alors, on considérait qu’on ne pouvait pas connaître tout le monde, de toute façon, donc chacun medium_fig1.JPGavait un petit panel de cinq à dix connaissances, et s’en tenait là. Il n’y avait pas de « groupes » d’étudiants, de logique clanique, simplement, l’ambiance était assez individualiste. Le fait d’arriver en fac nous faisait nous sentir adultes, pleins d’avenir et de responsabilités, et nous avions tous en tête ces séries américaines ou le campus est un endroit super sympa où on peut arriver dans une salle, s’asseoir et repartir à la fin sans avoir à dire quoi que ce soit à qui que ce soit. En deuxième année, l’étau se resserre : nous ne sommes plus qu’une quarantaine. Beaucoup d’éléments ayant été laissés en route, et de plus, la classe étant découpée en deux (nous, LCE, quarante, plus la deuxième moitié, LEA, qu’on ne voyait plus qu’à la moitié des cours, vingt), l’ambiance devient plus tendue. On a conscience de la menace permanente des examens, de la compétition élitiste, etc. Fatalement, les individus se regroupent en entités, souvent des dérivés des ensembles d' élèves qui s’étaient medium_fig2.JPGformés en première année, sans pour autant former des factions imperméables. Mais cette fois, c’est bel et bien une guerre sans merci qui s’installe, à coup de messes basses et de critiques acerbes des autres regroupements. Dans ce cas là, on a plusieurs options : former un clan, en espérant que ce soit le plus fort (en effet, un groupe d’élèves avait fini par compter de plus en plus d’adeptes, à force d’englober les petits groupes qui gravitaient autour), rester seul, dans l’indifférence générale, ou former un binôme, à la rigueur trinôme, capable de vivre en autarcie. Ce que j’avais fait – je remercie d’ailleurs mon alter ego de l’époque, Hélène, sans qui j’aurais indubitablement fait mon année seule. A la fin de l’année, tout le monde se détestait et il régnait un climat de mépris cordial. En troisième année, c’est l’hécatombe. Nous ne sommes plus que trente, quant aux LEA, ils sont à peine plus de dix. Dans le clan si fort et si omniprésent de l’année précédente, ça a été un carnage, très peu sont encore là, beaucoup des membres les plus forts ne sont plus présents, de sorte que le groupe est perdu et se divise… medium_fig3.JPGsi bien qu’au début de l’année, ne subsistent que des binômes ou des unités. La disparition de la moitié des personnes semble faire également disparaître une grande partie des tensions. De plus, nous sommes dispatchés en trois groupes de dix, correspondant à nos différentes options. Petit à petit, par nécessité, par sentiment d’obligation et de politesse élémentaire, on adresse la parole à d’autres. D’abord juste un mot, comme ça, pendant un cours, puis une conversation légère, puis des discussions plus complètes… Et quand quelqu’un que tu connais parle à quelqu’un que tu ne connais pas, tu t’immisces doucement et tout naturellement dans le débat. Et au fur et à mesure, tu connais tout le monde, tu parles à tout le monde. Pas forcément beaucoup à chaque fois, pas tous les jours, et bien sûr, tout le monde ne s’inscrit pas dans ce petit monde merveilleux, mais le principe reste. Et c’est vraiment agréable.
C’est dommage qu’il ait fallu deux ans, même si, au fond, c’est tout à fait logique. Et il est amusant de constater qu’université ou pas, le niveau reste toujours celui du collège. Ceux qui sont cool, ceux dont on se moque, ceux avec qui on est en rivalité, ceux qui sont solitaires, etc. Et dire que l’université est quelque chose que tout lycéen a tendance à idéaliser, en imaginant que tout va pouvoir changer pour lui, pour ceux qui n’ont pas une bonne situation, ou en imaginant que tout va être encore mieux, pour ceux qui sont déjà confortablement assis… Aucune amélioration dans le domaine de la maturité. Toujours des gosses, moi la première.
[Ca me rappelle ce que m'avait dit ma prof de français en terminale. Que je devais aller en prépa, que ça me correspondrait mieux, que les élèves y étaient beaucoup plus matures, qu'on y formait des adultes, alors que l'université était un repaire de dilettantes. Et alors...? Moi, j'avais envie de liberté... le fait d'être autant encadré par les professeurs, comme au lycée, me donne l'impression de ne pas me devoir les choses que je fais, de ne pas être assez impliquée dans ce que je fais. Ah oui, je ne lui ai pas non plus parlé de mon énervement général envers le système éducatif. Quoiqu'il en soit, j'ai choisi le camp des gamins, et je ne regrette rien. Pourquoi cette politique éxaspérante qui vise à diriger systématiquement les bons élèves vers la prépa ? Pour former une élite ?]

Un de mes professeurs a eu la gentillesse de me prêter un livre. J’ai l’intention de lui rendre le plus vite possible, évidemment (c'est à dire le 2 mars, entre les amuse-gueule et le riz), mais je l’ai à peine commencé je ne l’ai pas encore terminé. En guise d'excuse, j'avancerai le fait qu'il est beaucoup plus long que ce que j'aurai cru, et que je suis en train déjà de lire plusieurs livres passonnants. Je ne peux pas le garder dans mon sac (sac : nom donné affectivement à une vieille besace de 8 ans d'âge, repeinte et recousue de partout) pour le lire dans le bus, parce que j'ai peur de l'abîmer. Je ne peux pas le lire le soir, parce que j'ai besoin de mon dictionnaire à côté, et si je n'ai plus droit aux "Marion ta lumière steplaît..." plaintifs et endormis, ce sera assurément le "Marion tourne pas les pages si fort" (prétexte idiot, j'en conviens, mais que voulez-vous, elle est si mignonne cette petite).
Donc, ce n'est pas ma faute, n'est-ce pas ?

10.02.2007

*Pouf*

Une note que j'avais commencée il y a plusieurs semaines (je n'ai jamais le temps de rien finir, de toute façon ; il suffit de voir la pile de bouquins entassés près de mon lit), et qu'il est à propos de continuer aujourd'hui.

Peut-on mesurer l'amitié ? (Question horripilante de banalité, certes, mais il fallait bien lancer le sujet) Le terme mesurer sous-entend la nécessité d'une unité de mesure arbitraire et universelle. Dans ce cas, une des mesures les plus simples reviendrait à comptabiliser le nombre de "oui" aux questions suivantes : connaît-il votre couleur préférée, le nom de votre premier amour, votre plus grand secret, vos pensées les plus honteuses, etc. On pourrait aussi lui demander des services de plus en plus importants et noter à partit duquel il refuse ; tu veux bien me prêter ton livre, tu veux bien rompre avec machin à ma place, tu veux bien venir me chercher il est quatre heures du matin et j'ai froid, tu veux bien mentir pour moi, tu veux bien n'avoir pas d'autres amis que moi. Ou encore, on peut essayer d'inventorier le nombre de situations auquel il répond de la manière que vous attendez, où il se comporte juste comme il doit se comporter. Le problème c'est qu'il s'agit là de mesures quantitatives, et l'amitié étant un concept abstrait, il semble plus approprié de l'évaluer qualitativement, et par conséquent, il ne peut y avoir de définition universelle puisque la qualité est subjective.
Revoyons les schémas précédents. Si le meilleur ami est celui qui vous connaît le mieux, auquel il est inutile de chercher à cacher quoi que ce soit et que vous-même vous ne connaissez que trop bien, alors, j'ai perdu mon premier meilleur ami il y a deux, trois ans, et dans le cas du second, le terme d'amitié n'est pas approprié. Si le meilleur ami est celui qui est prêt à faire le plus de choses pour vous, alors, n'ayant personne comme ça dans mon entourage (il y a certes des gentilles personnes, mais jamais les circonstances n'ayant pu me prouver leur abilité à répondre à ces critères dans les situations données), je n'ai pas de meilleur ami.
En revanche, si le meilleur ami est celui qui s'asseoit et ne dit rien, qui vous écoute si vous voulez parler et parle si vous voulez écouter, qui sait des choses honteuses sur vous et fait comme si de rien n'était, qui se rend compte de votre état et le traite juste avec la légèreté que vous n'osez pas demander, qui veut vous voir même si elle n'a rien à vous dire, à qui je peux parler de ce que j'aime sans avoir peur qu'elle se l'approprie, alors, j'ai une meilleure amie, évanescente certes, mais au moins elle existe. Il s'agit de la personne qui me connaît depuis le plus longtemps, celle que je qualifiais effectivement de "meilleure amie" quand j'avais douze ans. Mais ce n'est pas elle, ce n'est pas elle, parce qu'au fond elle n'est pas mon amie idéale, celle avec qui j'aimerais faire toutes ces choses que j'ai en tête, celle qui saurait, quand je souris, à quoi je pense. Mais est-ce-là le rôle d'une meilleure amie ? Ou est-ce le rôle du petit ami / de la petite amie ? Est-ce le rôle de quelqu'un ou n'est-ce qu'un idéal fantasmagorique ?
Car on peut définir la meilleure amie selon un idéal ou selon une conception plus pragmatique. La conception pragmatique, il me semble, passe forcément par la comparaison : laquelle des personnes de mon entourage est mon ami "le plus mieux". La conception idéaliste, elle, est pré-formée, et ne résiste pas à la réalité, d'où les déceptions permanentes. Donc, selon cette évaluation terre à terre, de qui pourrait-il s'agir ? [Je préfère prévenir tout de suite, pour les personnes qui me lisent en ce moment qui sont de mes connaissances, que je ne citerai aucun nom, cela prête trop aux vexations.] Il y a quelques personnes de qui je me sens plus proche que d'autres, parce qu'au fil des intérêts communs que nous nous découvrions, est né quelque chose de plus fort, une intimité, un lien indépendant de ces premières passions communes, qui fait que même parler pour dire des stupidités est agréable, qui fait que tu sais presque à l'avance ce que l'autre peut te répondre, etc. Bien, je peux donc qualifier cela de peloton de tête. Cela dit, ces personnes dont je parle sont très différentes les unes des autres, et je ne les vois jamais ensemble, mais à chaque fois dans des contextes différents. N'ayant pas les mêmes discussions avec chacun, les mêmes points communs, en un mot, la même relation, n'est-il pas à la fois stupide et désespérément vain de vouloir tenter une comparaison ? (Question rhétorique)
Alors, allons-y pour une dernière question affligeante : si je devais passer le reste de mes jours sur une île déserte, sans possibilité de retour et sans contact aucun avec le monde extérieur, et que j'avais la possibilité de prendre quelqu'un avec moi, qui est-ce que j'emmènerais ? Réponse : je ne sais pas, pour la simple et bonne raison que je n'ai jamais passé un laps de temps même restreint dans un lieu totalement isolé avec une seule personne, et qu'en conséquence, je n'ai aucune idée de la personne idoine pour cette situation. Les relations que l'on nourrit avec les gens sont par trop liées à la culture, ou d'une manière plus générale, à ce qu'on a autour de nous, pour oser s'imaginer que l'amitié survivrait à son absence. Dans le cas d'une île vierge, il est à mon sens inévitable qu'une fois épuisés les sujets flottants de la vie civilisée, et une fois rendue évidente la preuve de la futilité de leur évocation dans un tel contexte, notre attention se porte tout naturellement sur les cocotiers environnants, histoire de se trouver quelque chose en commun, quelque chose qui corresponde à ce que l'on vit pour se pas laisser de vide. Je suppose que l'on fait ce que l'on peut pour garder un lien entre soi, le monde et les autres. Même parler des cocotiers, s'il le faut.
L'amitié n'est qu'une attitude de circonstance, ni plus ni moins. Quelque chose qui remplit un vide dans les interactions sociales, quelque chose que l'homme aura trouvé pour se définir par rapport au monde, par rapport aux autres, pour se représenter dans un espace, se trouver une place. Un simple contexte personnel que l'on voudrait impermanent, par sécurité, par désir de stabilité. Et le désir d'avoir un "meilleur ami" n'est que ce même ressentiment poussé à son paroxysme.
Je pense que la façon dont on peut apprécier les gens est liée à trop de facteurs pour pouvoir déterminer objectivement (c'est-à-dire, en faisant abstraction de ces facteurs) si ces gens correspondent à un idéal ou non, s'ils se placent au dessus du lot ou non. Cela ne m'empêche pas d'apprécier réellement les personnes autour de moi, d'avoir des amis sur qui je sais que je peux compter. Je ne crois simplement pas en ce concept de "meilleur ami", de la même façon que l'homme idéal n'existe pas (cela dit, si de charmants garçons veulent venir me prouver le contraire, je suis d'accord). C'est peut-être trop terre à terre de penser cela. Je suis peut-être complètement désenchantée, ce que je suis prête à concevoir. Mais peut-être aussi que je suis simplement réaliste, et que je ne suis pas prête à me laisser aller à des considérations qui me dérangent sans que je m'explique avant le pourquoi du comment.
J'aime quand même les gens. Certains, plus que d'autres, certains, beaucoup plus que d'autres. J'en ai simplement assez que mon amour ne suffise pas, et qu'il faille gagner ce titre de meilleur ami pour enfin se sentir en confiance. Les personnes qui se situent en haut de ma liste (pas toutes dans le même sac, car même au sein de l'élite il y a un classement) devraient se reconnaître d'elles mêmes. Elles le savent, je leur ai déjà dit. C'est compliqué, ces relations à autrui. La peur de tout voir s'écrouler du jour au lendemain serait-elle plus forte que la simple appréciation d'un sentiment réel ? C'est vraiment dommage, que ces considérations, tellement humaines mais tellement déplorables, soient si omnubilantes.

...Pourquoi avoir publié cette note aujourd'hui, alors que ça faisait un moment qu'elle traînait dans mes archives et qu'elle semblait s'y être confortablement installée ? Parce que ces temps-ci, j'ai des difficultés dans mes relations avec les autres. Plusieurs évènements récents ont fait basculer la façon dont je me voyais (Noël, notamment, et tout ce qui a tourné autour) et la façon dont les autres me voient (la publication de ces affreuses feuilles roses, surtout. J'ai l'impression d'être beaucoup plus considérée depuis, et pas à juste titre). J'ai du mal à situer où je suis réellement, si véritablement j'ai un peu changé ou si c'est simplement une divergence de perception. Probablement les deux, certes. Mais je ne voulais pas de ça. Et je n'arrive pas bien, pour l'instant, à savoir où est ma place, entre la nouvelle et l'ancienne. J'ai tendance à osciller entre les deux, dans l'immédiat. Je n'arrive pas à gérer toute cette nouveauté qui est arrivée d'un seul coup, sans me demander mon avis. Et les gens autour de moi en souffrent (encore que le mot souffrir soit relatif), sont déstabilisés, ne comprennent pas forcément pourquoi je me permets des choses que je ne me serais pas permises avant. Si quelques personnes ne m'avaient pas dit que j'avais l'air d'aller mieux comme ça, je me serais complètement remise en quetion. Mais elles m'ont prouvé que je n'avais pas tort, que j'étais juste bel et bien dans une phase transitoire difficile. J'aimerais que davantage de gens le comprennent, et cessent de s'inquiéter pour leur petite personne. (précision ultra-importante : Kao', je ne dis pas ça pour toi, après l'engueulade qu'on a eue récemment, tu n'es pas visée spécifiquement, personne n'est visé spécifiquement d'ailleurs (je-suis-entourée-de-paranoïaques.com). C'est une réflexion généralisée, ok ? ^^) Il faut juste me laisser un peu de temps. Il serait contradictoire, après le super développement (euh, super se rapporte à sa longueur, pas à sa pertinence) que je viens de faire sur la variabilité de l'amitié, de dire que ce n'est pas parce que je me pose des questions sur moi que je me pose des questions sur mes relations avec les autres. Mais je sais ce que je ressens, et je sais pourquoi comptent les personnes autour de moi. Ca ne disparaît pas comme ça. Faites-moi confiance, c'est tout ce que je demande. J'ai du mal à avoir confiance en moi (d'ailleurs, sur la lettre de recommendation que je dois faire remplir, il y a une colonne "indiquez si vous estimez que le candidat a confiance en lui". On va rigoler), ça me ferait plaisir d'avoir la vôtre pour m'appuyer un peu.

[Post scriptum hors sujet, mais c'est important : je veux que quelqu'un m'explique VITE pourquoi mes résultats ont disparu du site de la fac. C'est angoissant, surtout après ce qui est arrivé à Hannah.]

03.02.2007

Intermède

Je ne sais pas pourquoi j'ai craqué, j'étais pourtant de bonne humeur à ce moment là, mais bon dieu qu'est-ce que ça fait du bien.
J'arrive près du panneau d'affichage, pleine d'espoir étant donné que, selon les dires de M. Rocher, le bug informatique avait été corrigé et la publication de la liste des admis était imminente. Effectivement, je vois qu'elles y sont. Je m'approche pour lire mon nom, et j'entends "Marion c'est bon tu l'as !". Je ne me retourne même pas. Je rétorque, très méchamment "j'aurais préféré m'en rendre compte moi même, Carole". "Oh ça va je voulais te faire plaisir hein" - "oui je sais, mais déjà l'année dernière tu m'avais fait le coup, et je n'avais pas apprécié. On préfère constater son admission par soi même. Tu avais fait ça à Hélène aussi, tout le monde te dit que c'est pénible, alors faut pas t'étonner" - "oh ça va, faut se calmer, y en a plein qui aimeraient avoir ta chance. Tu fais partie de l'élite !" - "j'ai aucune envie de me calmer face à toi, et ça n'a rien à voir avec la chance alors lâche moi. Je me contrefous de faire partie de l'élite." - "non mais ça va hein, faut te calmer" - "J'étais très calme avant que tu viennes me harceler. Je ne t'ai rien demandé et je ne suis pas d'humeur alors laisse moi tranquille." Là, elle peste et s'éloigne un peu. Moi, j'appelle Hélène avec mon petit portable (qui est pourtant seulement un étage plus haut, Hélène, pas mon portable, mais je n'allais pas monter pour redescendre après, et puis, un groupe arrivait), je lui dis que les notes sont là, je lui dis qui en FLE est admis ou pas, je l'entends répéter, puis elle me dit "on arrive". Entretemps, le groupe en question (le reste des... disons des EJ, puisque les autres sont les FLE et les RI, je ne vois pas pourquoi, nous aussi, on n'aurait pas le droit à une initiale) s'approche, je leur fais comprendre que la liste est enfin là, ils s'agglutinent autour du panneau comme autant de petites mouches angoissées. Tout ce petit groupe discute, et tout à coup on entend "bon ben je m'en vais, puisque de toute façon personne ne m'apprécie!!". Silence d'une micro seconde, puis rires francs qui fusent de partout. Grégory me regarde pour comprendre (c'est formidable, ces gens que tu as dans ta classe depuis trois mois et à qui tu n'as jamais parlé. Ca m'est arrivé des tas de fois cette semaine). C'est normal, je viens de l'engueuler, expliqué-je. Il hoche la tête comme pour signaler qu'il saisit, et sourit. Tout le monde en fait autant. Finalement, peut-être que tout le monde doit péter les plombs un jour ou l'autre. Je voulais conserver mon statut d'idole mais faire partie de la meute de chiens est salvateur. [Je sais que tout cela peut sembler très méchant. Mais il faut voir qui est la fille incriminée.]
Hélène arrive, suivie de Pierre et de Sylvia. J'explique ce qu'il s'est passé avec Carole, ce qui fait rire tout le monde. Hélène me fait remarquer qu'elle ne m'aimera plus jamais, ce à quoi je réponds que ce n'est pas grave, et que de toute façon, ça n'était même pas certain. Les otakus ont des réactions si imprévisibles quand ils se sentent seuls... Certains font du cosplay (c'est ça, en fait, c'est peut-être un cosplay permanent, ça expliquerait), d'autres font des photocopies, d'autres s'immiscent dans les conversations. Elle trouvera. Je demande à Pierre s'il est au courant de ce que j'ai essayé de faire lundi pour lui. Il me répond que oui, on lui en a parlé. Qui ? Je ne sais pas, c'est un mystère. Sans doute Aurore, j'ai l'impression qu'elle n'est pas très discrète comme fille. Cela me fait penser qu'elle n'a pas son semestre (comme la plupart de ceux qui étaient là mercredi soir. A vrai dire, Aurélie et moi sommes les seules à l'avoir obtenu. J'en connais une qui va gueuler, via M. Kubota, bien sûr). Hélène non plus. Sylvia l'a eu, donc elle est un peu rassurée, quant à Pierre, il est dégoûté de ne pas avoir obtenu de mention autre que Passable. Tout le monde lui rétorque que c'est déjà super d'avoir eu le semestre, etc. Je ne dis rien, je comprends ce qu'il ressent, et les gens qui estiment que tu n'as pas à être déçu par un résultat meilleur que le leur m'énervent. Je l'écoute parler alors qu'il cherche les gens qui on eu des mentions. "Ah Eric et Gregory sont les deux seuls à avoir eu Bien. ... ah non, en bas y a quelqu'un aussi, sur l'autre feuille, je crois. C'est..." Moi, je me cache derrière. Je ne dis rien. J'en ai marre. Je prie pour qu'il ne dise rien.

C'est pas vraiment la forme depuis hier. Et je sais que je n'ai même pas le droit de dire ça. De la même façon que Pierre n'a pas eu le droit d'exprimer sa déception. Je souhaitais vraiment ne pas être dans son cas, me retrouver avec la mention dont je ne voulais pas. On m'aurait lapidée sur place.
Bref, ça m'énerve de ne pas rayonner avec toutes les choses géniales qui se sont passées mercredi et hier. Mercredi, je me suis rendue compte que Mme Lévy se souvenait très bien de moi, trop bien, et que je n'ai plus de souci à me faire. medium_akiyo914_13_1.jpgElle me surestime et veut que j'aille à Paris en mars (bien sûr, évidemment. Je pourrais aussi me promener avec un chapeau dans les mains, à votre bon coeur m'sieurs-dames, je crois que ça sera plus fructueux. Et Mme Suzuki, derrière, qui regardait l'air de dire "elle, elle est douée ? vous êtes sûre ?"), en grande partie parce que Takashi 1&2 lui ont dit que ça s'était vraiment très bien passé avec eux. Ce à quoi j'ai répondu que ce n'était pas vrai, que je n'étais pas d'accord avec ce point de vue. Elle a dû croire que je disais cela par pure modestie. Mais qu'est-ce que je pouvais dire d'autre pour la convaincre ? En fait il est gentil avec moi parce qu'il m'aime bien, à cause d'une bête histoire de crustacés ? Ce n'est pas très crédible. Et pourtant c'est ça, à la base. Bref... Et je vais avoir beaucoup d'argent, aussi. Yop. C'est déloyal. Encore plus tard, Aurore qui me dit qu'elle est contente qu'on soit toutes les trois. Et la plus grosse surprise : j'ai parlé avec quelqu'un de la classe que je trouve très sympathique. Un garçon que pas grand monde n'apprécie (je ne l'appréciais pas non plus jusqu'à très récemment), parce que l'image qu'il donne est très différente de son vrai caractère. Du moins, de la partie de son caractère que j'ai pu voir. Je me sens assez mal. Je me rends compte que les points sur lesquels je me suis permise d'avoir une opinion sur lui ne sont pas ceux en se basant sur lesquels on peut parvenir à un avis juste. Et le pire dans l'histoire, c'est que c'est moi qui ai fait ça. Moi. J'ai des voix qui résonnent dans ma tête. Celles qui ont deviné, qui j'étais, ce que je voulais (aucune allusion à Laurent =D *plaf*). Ca ne m'a même pas servi de leçon. Personne n'est Superman. Des fois, tu vois des gens autour de toi, et tu es imperméable à ce qu'ils peuvent être. Tu ne vois rien. Parfois tu vois les gens, tu les vois tels qu'ils sont. Quand tu as un déclic. Une sorte de coup de jus. Rien de très rationnel. C'est très soudain, les gens t'apparaissent tels qu'ils sont vraiment. Et tu ne penses même plus à toutes les idées que tu as pu te faire avant. Tu as juste le visage de l'autre en face de toi, et tu parles. C'est si simple. Le compteur se remet à zéro.
Il n'a pas eu son semestre, lui non plus. Personne n'a eu son semestre, de toute façon, c'est l'hécatombe cette année. Ca m'énerve.
Bref, ce n'était pas ce que je disais à l'origine. J'étais en train de me plaindre de ne pas pouvoir me plaindre. C'est extraordinairement injuste. Non pas que je sois incapable de relativiser et demedium_yu-ki_fouet.JPG me dire que je peux m'estimer heureuse au vu du sort d'autres, mais simplement qu'on ne peut me demander de me complaire dans une satisfaction absolue que je ne ressens pas. Je suis désolée si ça semble ingrat ou inconsidéré. Je n'ai ni le droit de montrer que je suis contente, parce que cela passerait pour un manque de délicatesse, ni celui de montrer que je ne le suis pas complètement, pour la même raison. J'ai juste le droit d'être là et de ne parler qu'à demi-mots, pour ne froisser personne. Cette vie sociale-là est épuisante. Certaines personnes me manquent. Je crois qu'au fond, il me tarde que cette année soit finie. Histoire de tout laisser tomber, et de voir qui sera là au retour. Sans doute pas grand monde. Les inscriptions sont ouvertes, et je prends les paris, aussi.
Au fond, je n'ai sans doute pas réalisé encore. Si j'avais réalisé, est-ce que je ne devrais pas être en ce moment débordante de joie, à crier la nouvelle sur tous les toits ?

Pour me calmer, j'emmène Little Sue au ciné. La semaine dernière on a fait Little Miss Sunshine. Je recommande ce film. Je l'y ai emmenée en m'attendant à une critique basique de la société du culte de la beauté et du gâchis des petites filles, etc, mais finalement, c'est beaucoup plus déjanté que ça. Cela aborde un grand nombre de thèmes intéressants, sans prétention aucune, sans aucune connotation moralisatrice. J'aime beaucoup les road-movies de manière générale, je trouve que cette construction offre beaucoup de possibilités et un découpage propice à un bon enchaînement, si c'est bien fait. Ici, ça l'est. Ce film est vraiment riche. Et puis, il est vraiment drôle. Un mélange de cocasse et de cynique qui rend très bien.
Cette fois, on va voir Das Leben der Anderen. Je ne suis pas sûre du titre en français, je crois que ça doit être une traduction littérale, La Vie des autres. Je sais qu'il me suffirait d'aller sur google pour le vérifier, mais j'aime bien imaginer et esayer de me souvenir sans avoir de certitudes. C'est triste, une certitude. C'est la fin de quelque chose.

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