07.08.2006
Dead man's chest
Je suis une créature faible qui ne résiste pas - ne tente même pas de le faire - à l'appel du Johnny Depp sauvage.
|[Je me suis donc rendue, hier, dans mon petit cinéma d'art et d'essai habituel, horriblement laid depuis qu'il l'ont tranformé en énorme complexe du type Mégarama. où est-il passé, le charme de nos soirées d'antan ? Bref, m'y voilà, accompagnée de ma petite soeur, je paye, nous montons les escaliers, je me ridiculise vaguement en n'arrivant pas à ouvrir la porte et nous entrons dans la salle. Nous descendons un peu dans les escaliers pour avoir une vue panoramique sur la salle et pouvoir ainsi choisir nos places. Au bout de quelques secondes pendant lesquelles je jauge la répartition humaine dans cet espace clos, ma soeur me tire par la manche (elle a l'air minuscule, si je formule ma phrase comme cela ; en réalité, elle fait un ou deux centimètres de plus que moi, encore que je ne sois pas bien grande moi-même) pour me dire qu'il y a deux filles, un peu plus bas, qui nous font des coucous, qu'elle ne sait pas à laquelle de nous deux cela s'adresse mais qu'il ne lui semble pas les connaître. Je regarde, mais deux filles châtain et en débardeur, dans une salle obscure, sont difficilement identifiables. Je réponds à ma soeur que je n'ai aucune idée quant à leur identité, mais que cela dit, elles ont davantage l'air d'avoir mon âge que le sien. Nous allons nous asseoir plus bas qu'elles, et continuons à débattre, pour finalement conclure qu'il doit s'agir de Fanny, une fille avec qui je m'entendais bien mais au ras des pâquerettes que j'ai connue dans mon premier collège, et à laquelle j'évitais de parler autant que possible depuis la révélation de son homophobie. Je ne vais pas lui parler, pour les raisons susdites.]|
Après ce magnifique hors sujet, revenons en au film en lui-même. Les critiques en disaient, de manière générale, qu'il était moins réussi que le premier, un peu ennuyeux, moins efficace au niveau du rythme et de l'humour en général. Moins réussi, je ne sais pas, je n'arrive toujours pas à déterminer lequel des deux j'ai préféré, mais en tout cas il est différent. C'est toujours un Walt Disney modernes avec péripéties classiques agrémentées d'anachronismes linguistiques, méchants à tête de poulpe et touches d'humour irrésistibles, mais Dead man's chest est indubitablement plus sérieux que The Curse of the Black Pearl. Le contexte socio-historique y tient une place bien plus importante que dans le premier opus, où il n'était qu'un élément du décor, et par conséquent, les enjeux sont bien plus lourds ; en quelque sorte, la fatalité sociale a pris le pas sur la fatalité filiale, seule présente dans le premier volet, ce qui lui donnait un côté niais (il manque encore une fatalité, certes, et ce serait bien trop beau que ce soit elle qui dirige le troisième film, car je doute qu'un réalisateur comme Gore Verbinski (qui a fait Le Cercle) ait de telles références littéraires. Mais on peut toujours espérer). La reconstitution historique est très bonne, autant que je puisse en juger, au point de vue des décors, des costumes, des références... (visuellement parlant, mais également dans les dialogues, car il y a beaucoup d'explications contextuelles fournies par un improbable informateur). Le film n'est pas trop propre, juste assez pour que les enfants ne soient pas dégoûtés. Car, évidemment, si on est tatillon on remarque qu'ils sont moins méchants que dans la réalité historique, mais c'est un film pour enfants, et ce sont des flibustiers, que diable, et pas de bêtes boucaniers de Tortuga. Hum... associons cela avec la légende du Hollandais Volant, qui, si elle a commencé à apparaître vers 1666, est assez vivante dans le film pour la faire dater de plusieurs années, et avec le fait que Port-Royal commence à être dominé par les Britanniques... je suppose que la scène se passe à la toute fin du XVIIe siècle, pas avant 1680, et pas après 1692 (y a-t-il une date précise spécifiée dans les films ?). Il y a donc un très bel effort de concordance et de recherches, si bien que le tout semble très riche sans avoir ce petit côté "fourre-tout" souvent présent dans les oeuvres qui visent le triangle des Bermudes, l'endroit où tout se recoupe. Il est dommage que l'équipage du Hollandais Volant soit un groupe d'hommes-poissons, mais il aurait été lourd de recréer une autre communauté squelette, étant donné que tels étaient déjà les gentils moussaillons du Black Pearl.
Les personnages sont infiniment plus intéressants que dans le premier volet. Elizabeth, de demoiselle en détresse pleine de rêves d'aventures, assume davantage son caractère libre ; elle a grandi, et prend véritablement une place dans l'histoire. Jack nous apparaît davantage comme un être torturé - toujours aussi voyou (et séduisant *_*), mais plus complexe. Seul Will n'a pas beaucoup changé, mais suite à ce qu'il voit dans les dernières minutes, on peut espérer un troisième film où il basculera vers le côté obscur de la force. Changement radical du côté de Norrington (qu'est-ce que j'aime Jack Davenport moi) : il devient pileux et blasé, ce qui le rend tout à fait séduisant à mes yeux, car, rappelons-le, j'aime les hommes cyniques, perdus et violents. Tiens, ça explique aussi pourquoi j'aime Jack Sparrow. (Non non, contrairement aux apparences, je ne suis pas allée dans cette salle de cinéma que pour les acteurs ; mais je crois utile de préciser que ce film a de quoi extasier les meutes féminines. Keira Knighley, elle, ne porte plus de coiffures hautes mais des chapeaux, ce qui lui fait une machoire très carrée, et du coup, elle est moins jolie que dans The Curse of the Back Pearl) Tous les personnages tournoient dans ce scénario où chacun cherche son intérêt personnel, quand il sait où il se trouve ; chacun est destabilisé par les nouvelles configurations qui se succèdent et s'égare un peu plus.
Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est là un film passionnant par son indéniable et bouleversante structure psychologique, cela dit, les personnages sont vraiment prenants ; selon son propre sens de la morale, de la justice et de la vie, on a forcément ses préférés, et nous voilà comme des enfants : "oh non, ne fais pas ça" - "allez, bats-le, plus vite, vas-y !". Ajoutons à cela que les scènes d'action sont très bonnes ; les combats sont magnifiquement réglés, et il y a des choses délicieusement puériles et stupides (la roue de hamster ou la course en cage), peut-être un peu longues, mais ô combien appréciables pour le public qui est juste là pour virevolter au bruit des capes et des épées qui sifflent dans le vent. Les traits d'humour, que nous attribueront à 80% à Johnny Depp, font en général immanquablement sourire. Il a des phrases fantastiques (je ne citerai que celle de la bande annonce, quand il voit Elizabeth arriver sur son bâtiment alors qu'elle est travestie en jeune mousse "Ces vêtements ne vous vont pas du tout. Portez une robe, ou rien. ...Et il se trouve que je n'ai pas de robe." =D), des situations grotesques à souhait, de plus, je le considère définitivement comme un des acteurs les plus doués que je connaisse pour les scènes décalées.
Quand au déroulement de l'histoire en lui-même, il y a toujours beaucoup de rebondissements... trop de rebondissements. C'était déjà un défaut du premier film ; étant donné qu'il y a plusieurs enjeux à chaque fois, et que chaque nouvelle péripétie est à tiroirs, il arrive un moment où on se surprend à espérer que le film se termine dans l'instant, parce que cela commence à faire beaucoup, et puis, on est mal assis sur ces sièges. Deux heures et demi, cela passe sans souci si les personnages traversent des épreuves successives pour arriver à un but final et définitif ; si les épreuves s'emboitent les unes dans les autres et si les objectifs diffèrent pour chaque personnage, le film en devient certes plus passionnant mais également moins accrocheur. Que voulez-vous, nous sommes des êtres humains dotés de cerveaux aux fonctions limitées, aptes à s'extasier devant des histoires simples, et enclins à l'ennui quand les schémas auxquels nous sommes habitués depuis notre plus tendre enfance font défaut. La façon dont s'articulent les évènements n'est pas mauvaise en elle-même, elle est simplement difficile à suivre.
Un dernier paragraphe - comment aurais-je pu faire autrement - sur la musique. Dans le premier opus, elle avait été composée par Klaus Badelt, assisté par plusieurs autres, notamment Hans Zimmer. Elle était vraiment excellente, avec des thèmes récurents percutants ; ce n'était ni une musique de fond, ni une musique d'ambiance, ni une musique de bruitage : elle était la vibration sonore des scènes qu'elle accompagnait, elle transportait le public au moins autant que les images. Cette fois, étant donné que c'était Hans Zimmer tout seul qui a composé la bande sonore, j'avoue que j'attendais avec impatience d'entendre ce qu'il allait faire, et à quel point on allait ressentir cette variation dans le choix des compositeurs. Je l'avais déjà écoutée avant même la sortie du film, et j'en étais vraiment très contente ; outre le fait d'avoir pu me glorifier de savoir reconnaître sa part d'idées dans le premier film, en fonction de ce qui revenait ou non dans celui-ci, j'ai été joyeusement surprise par les sympathiques accords, les gigues entrainantes et les fanfares à grand renfort de cors et de violons. Les mêmes thèmes musicaux ont été repris, chaque morceau est riche est différent des autres, tout en ne s'écartant pas des Caraïbes et des pirates. Mis à part le fait qu'une vélléité saugrenue l'ait poussé à intégrer dans le cd de la bande originale un remis techno de "He's a pirate", au final tout à fait raté (il avait également rajouté une piste techno sur le deuxième cd de Gladiator, et bien que légèrement innaproprié, c'était là un fort chouette remix), j'étais très enthousiaste quant aux compositions de ce deuxième film. Seulement voilà, il se trouve que transposé sur la toile cela ne donne pas du tout la même chose. Toutes ces jolies notes adhèrent bien à l'image, mais tout cela n'a l'air d'être qu'un copier/coller. On ne ressent pas la même fantastique fusion entre le son et l'action ; cette fois, la musique accompagne, illustre, et c'est tout. Elle est toujours aussi juste, mais je déplore qu'on glisse dessus sans la remarquer pendant le film. Dans le premier opus, c'était tellement puissant qu'on était tenté, tout en s'efforçant de suivre les cascades, de marmonner les notes, et de jouer avec ses mains aux vibrations des trompettes, alors que cette fois, on remarque à peine la musique, et pourtant, dans la salle où je me trouvais, le son était réglé à un volume particulièrement élevé. ...Ou peut-être de fait me suis-je inconsciemment bouché les oreilles pendant toute la durée du film. Non, définitivement, la musique est moins bonne cette fois.
Je pense que j'ai préféré Dead man's chest au premier film. Il est plus complexe, plus intéressant, peut-être parce que destiné à un public plus adulte, ou simplement plus curieux. C'est un film de qualité, indéniablement ; ensuite, il faut aimer les légendes de pirates, et ne pas avoir peur de s'amuser comme un enfant, car cela reste un film d'aventures. Mais je le place légèrement au dessus de ses congénères.
PS. je tiens à m'insurger contre l'horreur du sort du chien laissé sur l'île. C'est drôle, mais c'est cruel. Pauvre bête. Ce n'est vraiment pas moral.
PPS. je ne me relis pas, je poste ceci comme ça, hop là, merci de ne pas faire attention aux fautes de frappe probables ou aux incohérences argumentatives.
11:25 Publié dans Highlights | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
04.08.2006
Voilà
Voilà, c'est fait, mon asociabilité se lit sur mon visage depuis deux jours maintenant.
Racontons ma folle journée. Je taierai le nom du salon en question, parce que je ne tiens pas à le recommander, ni à lui faire une mauvaise réputation. C'est à dire que le personnel est très gentil, il répond à toutes tes questions que tu poses, te montre, t'explique, te rassure, et ils veulent te revoir après le piercing pour vérifier que tu n'as pas un gros abcès purulent et changer ta prothèse. Au niveau de l'hygiène, également, je n'ai rien à dire, j'ai vu l'autoclave, j'ai vu les petits emballages individuels, et la femme qui m'a percée, en prenant une aiguille sous emballage dans son tiroir, l'a faite tomber par terre ; elle l'a jetée pour en prendre une seconde, alors que l'aiguille n'était pas entrée en contact direct avec le sol. Je l'ai vue se laver les mains (pas pendant les cinq minutes recommandées, cela dit) et mettre des gants (j'étais alors trop occupée à fixer le plafond pour voir s'ils provenaient d'un emballage neuf, mais vu le mal qu'elle a eu à les enfiler, je dirais que c'était le cas). Elle a également bien fait attention à ce que je ne touche pas mon piercing. Mais... on ne peut pas dire que la salle de piercing soit un local à part (ce n'est pas devant tout le monde non plus, mais....), et ils ne te donnent pas énormément de recommandations non plus si tu ne leur demandes pas. Mais alors pourquoi, moi qui m'étais promis de fuir à la moindre chose suspecte, suis-je restée dans ces conditions ?
Commençons par le commencement : la sélection du salon. Il n'y en a que deux qui répondent positivement aux critères suivants : obéit aux critères d'hygiène réglementaires, a un site web qui montre des photos de la salle de piercing, n'a pas de fautes d'orthographe sur son site web, me fait une bonne impression, embauche du personnel qui me plaît. Je vais en ville, me balade, passe devant le premier. Je suis... réticente, là, toute seule, devant l'escalier descendant. Ce n'est pas de la peur, ni de l'appréhension, plutôt un malaise. Je repasse une fois devant pour confirmer cette sensation. Je me décide à éloigner mes pas de cet endroit, espérant que ce n'est pas un trouble dû à ce que je dois faire mais bien au salon en question. Je me dirige vers le second, même si l'autre avait théoriquement ma préférence - je dois avouer que ce second salon avait grapillé des points dans mon esprit à cause d'une jolie pierceuse qui y travaille (j'ai des critères très objectifs). Eh bien, ce salon... il se trouve qu'il est... plus lumineux... il y a une jolie vitrine qui exhibe des bijoux amusants... Un, deux, trois, je rentre. Je me dirige vers le comptoir. Et là, que vois-je ? Un jeune homme vraiment charmant. Je veux dire, vraiment, vraiment charmant. J'oublie la jolie pierceuse comme par enchantement, maintenant, lui, lui seul dans mon esprit, je marche, portée par un souffle transcendental, vers lui, la la la. Je ne saurais pas dire comment il était physiquement ; je me souviens de certaines caractéristiques (couleur des yeux, des cheveux, apparence, etc), mais le dépeindre... ce qui m'a fascinée, c'est l'impression générale que j'ai eue de lui, l'image qu'il représentait. C'était... un jeune éphèbe, ou un jeune dieu grec plutôt, à peine sorti de l'adolescence, qui virevolte de montagne en montagne de ses pieds ailés ; un corps mince mais sculpté par une musculature agréable, un visage long, une sensation d'harmonie des couleurs entre ses cheveux, son teint et sa peau. Et des bras couverts de tatouages, divers piercings sur les oreilles, aussi. Ce... ce paradoxe m'a vraiment émue. C'est tellement rare ; ça n'a rien à voir avec le fait de voir des tout jeunes (12-16) au look rebellisé, des jeunes qui se marginalisent pour dire "regardez-moi, je souffre" ; ces images-là m'inspirent davantage du mépris qu'autre chose. Là, c'était comme une représentation derrière une glace, comme une princesse en haut d'une tour, c'était si joli, si précieux, si fragile... si loin, si proche... Au diable, tout le reste, je veux toi, je reste là.
Je discute avec lui, parlons piercing, parlons banalités. Ce n'est pas lui qui me perce, ce n'est pas grave, et même, je préfère qu'il ne soit pas là à me trifouiller la bouche. On fait difficilement moins romantique (je suis sûre de mon hygiène buccale, là n'est pas la question. Disons plutôt que ce n'est pas le meilleur angle pour me regarder). Puis, alors que je m'installe, je me rappelle d'une conversation que j'avais eue avec un pierceur, alors que j'étais en Angleterre, et remercie le ciel que la conversation avec le bel éphèbe n'aie pas pris cette tournure là. "Quel genre de choses doit-on arrêter de faire pendant le temps de cicatrisation ?" - "Par rapport à la nourriture, éviter ce qui est trop épicé... fumer, boire..." - "De ce côté-là, je suis tranquille, je ne bois ni ne fume." - "... et... le sexe oral..." [petit silence, durant lequel je m'en veux d'avoir parlé de moi juste avant, car la logique voudrait que je continue à parler de moi maintenant. Mais bon, c'est ma faute, je suppose que je l'avais cherché. La prochaine fois, je tournerai ma langue sept fois dans ma bouche avant de parler, à moins que ça non plus ne soit pas recommandé.] Et cela me rappelle une autre conversation, qui date de la cinquième. Je parle, avec quelques unes de mes copines, avec le play-boy de la classe. Un garçon qui répondait tout à fait aux critères esthétiques en vogue à l'époque, qui me plaisait assez, d'autant plus qu'il était loin d'être stupide, contrairement à la majorité de ses congénères. Echange de propos collégiens habituels, je suis comme à l'accoutumée, je converse avec hauteur. Tout à coup, une de mes copines, exaspérée, me prend par le bras : "Mais arrête un peu d'être méchante comme ça !" - "Quoi ?" - "Discute normalement !" Et lui de s'en mêler, gentiment : "C'est vrai, Marion, tu es toujours... méprisante, dans la façon dont tu parles, avec les garçons surtout". Et moi d'être interloquée. C'est à ce moment-là que j'ai été consciente du fait que j'aurais toujours du mal avec les garçons.
A force de périgrinations intellectuelles, arrive le moment fatidique. "Je ne vais pas vous mentir, à la question 'est-ce que ça fait mal'... c'est un peu incisif, mais ça ne dure pas longtemps." - "Mmmh-mh (articulation rendue impossible par charcutage en préparation)" *TAC* "Voilà, c'est fini, ça a été ?" - "Très bien. Je m'attendais à pire." - "Je vous laisse regarder." (ben oui, encore heureuse) "C'est parfait, c'est tout à fait ce que je voulais." ..Oui, parce qu'il y avait eu, avec le pierceur d'Angleterre, une discussion épuisante à propos de la localisation exacte de mon piercing. La grande majorité des gens, m'a-t-il expliqué, le font entre le 6 et le 7 (ou le 1 et le 2) [explication : il s'agit de diviser la lèvre inférieure en huit parties de taille égales ; 0 et 8 représentent donc les commissures des lèvres, et 4 et le milieu]. Mais ma bouche est assez petite, bien que mes lèvres soient épaisses, et je ne veux pas un piercing vertical par rapport au visage (je précise 'par rapport au visage' parce que je ne veux pas non plus d'un piercing vertical tout court), rétorqué-je. Je voudrais qu'l soit légèrement en biais, ça irait mieux avec mon visage rond. C'est pour cela, me répond-il, que je te conseille de placer le tien sur le 7 (ou le 1). Comme ça, tu lui donnes une légère inclination vers l'intérieur. C'est ce que je pensais faire, d'autant plus que cela nécéssiterait un trou plus bas sur la peau, qui me permettrait un labret simple, mais est-ce que le trou trop sur le côté ne va pas choquer ? Non, je ne pense pas, pas si tu orientes l'anneau vers l'intérieur. Dans le cas d'un labret simple, ça ne choque pas du tout. Cool. Et puis, dis-moi, par rapport aux célébrités qui ont ce genre de piercing... tu redoutais les associations d'idées, donc... déjà, c'est plus original. Vrai. Mais alors il semble que tout ce que je fasse soit pour être originale. Tu sais que telles ne sont pas mes motivations. Le fait de le faire sur le côté gauche m'arrange déjà parce que la plupart des personnes connues arborant un piercing l'ont du côté droit, ce qui évite les "oh, tu t'es fait un piercing, comme XxX!". Le fait d'en faire un de travers m'arrange pour les mêmes raisons. Cela dit... je vais finir par ne plus savoir que telles ne sont pas les raisons qui m'ont poussées à choisir la gauche et le décalage. Peu importe. Je pense que ça se voit. D'accord.
Bla, bla, et je m'en vais, fière comme Artaban, regardant en douce mon reflet dans les vitrines. Je m'étonne de ne même pas avoir mal. Je me dis que ce n'est sans doute pas normal. Aujourd'hui encore, je ne suis pas rouge, ma peau n'est pas boursouflée, juste un peu enflée, pas de pus, de sang ou n'importe quel substance qui me prouverait que mon corps veut se défendre contre les agressions extérieures, rien. Je ne veux pas souffrir (encore que, ça me rassurerait), mais j'ai plus peur de ce rien que d'un éventuel quelque chose. Ma première nuit a été affreuse, parce que j'avais peur que mon oreiller diabolique ne me l'arrache pendant mon sommeil. Sinon, au niveau des réactions, il est vrai que cela change énormément le regard des gens dans la rue. Je suis passée au niveau supérieur, c'est assez surprenant de constater sur soi cette force symbolique que représente le piercing. Même si c'était théoriquement une évidence, le fait d'être marginalisée à cause d'une action qui n'a pas ce but est épuisant. Quand j'avais douze ou treize ans, je cherchais à me marginaliser par mon apparence. Cela marchait, mais ce n'était pas ce que je voulais ; il m'a fallu du temps pour m'en rendre compte. Je suis contente d'avoir attendu mes dix-neuf ans pour faire ce piercing, de ne pas avoir suivi mes pulsions pré-adolescentes stupides, pour lesquelles je me serais faire faire un piercing parce que (raisons en vrac) ça représente une marginalisation plus radicale, c'est l'expression de mon état d'esprit et de ce que je veux être, etc, et toutes les autres raisons plus ou moins ridicules qui ne pèsent rien par rapport à celles d'aujourd'hui. Et encore, je suppose que je peux m'estimer heureuse de ne jamais avoir pensé "je veux un piercing parce que c'est cool / parce que c'est rebelle". C'est désolant, en quelque sorte ; quand on veut sortir du lot, on n'est qu'un cliché de plus ; quand on finit par rationnaliser, accepter, comprendre, et agir en conséquence, on est marginalisé. Tant pis. La grande fille hésitante que je suis aujourd'hui accepte parfaitement la petite enfant perdue qu'elle a été. Elle en est fière, même.

13:40 Publié dans And Stay Fashionable | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
23.07.2006
PNCの国へようこそ!
Hier, je reçois le paquet tant attendu pour mon anniversaire de la part de Haruko. Notons au passage qu’il ne s’agissait pas d’un colis (emballage cartonné tel qu’ils sont réglementés ici par La Poste), mais de plusieurs poches plastiques les unes dans les autres (pour la protection), sur la première étant marqués au feutre presque effacé mon nom et mon adresse. Gloire aux services postaux japonais qui permettent une telle personnification des envois à un coût si modéré, et sans emmerder personne. Voici la liste des mille et une choses contenues dans le paquet. (On ne sait jamais ; je suis contente, peut-être serez-vous contents pour moi. Personnellement ça m’est souvent difficile – encore que cela dépende beaucoup du contexte - mais j’ose penser qu’il y a des gens plus sympathiques que moi ici-bas.)
- Un tee-shirt rose acidulé (« rose » tout seul sonne trop doux) avec « music saved my life » en écriture gothique dessus ; j’ai déjà vu, je crois, sensiblement le même ici sur quelqu’un, en vert, mais, sans doute parce qu’il est en quelque sorte japonais, je ne peux me défaire d’une petite impression de putumayo (malgré le « made in Guatemala »).
- Des petits biscuits au thé vert et au chocolat (un joyeux mix des deux qui donne une impression de pistache, c’est très bon),
- Un… truc =s je ne sais pas quelle en est la fonction exactement, c’est un carré de tissu synthétique doublé, sans ouverture ni rien… il est couleur lie de vin, avec des lapins blancs qui courent dessus (deux lapins, mince, il en manque un).
- Dix chocolats – de ceux qui se vendent en bande, dans leurs petits sachets par mesure d’hygiène
- Des autocollants étranges qui veulent s’apparenter à des cœurs mais qui m’évoquent plutôt des fesses ; je suppose que ça dépend de comment on les regarde, mais maintenant que je les ai vus une fois à l’envers, l’impression va persister.
- Un petit sac jaune à visage de poussin,
- Un petit ange en bois ; il ne m’évoque pas vraiment le Japon, plutôt les gargotes côtières qui vendent des souvenirs.
- Des tas de cartes postales et prospectus en tout genre,
- Un sac rose, qui à première vue se présente comme un petit porte monnaie rond. On zippe la fermeture et alors, comme pour un K-way, on déballe le contenu en retournant la pochette, et hop, voilà un sac à tête de cochon. La partie circulaire de base est en fait le groin.
- Des jolies choses faites avec des fleurs séchées ou qui évoquent des choses séchées (si je devais décrire exactement chaque objet, je n’aurais jamais fini),
- Une petite pochette verte pour mettre… des choses dedans ; c’est davantage décoratif que pratique.
- Deux gâteaux que j’ai envie de goûter et de préserver en même temps. Ne dites rien, la dimension paradoxale de cet énoncé ne m’échappe absolument pas. Il y en a un au goût de salade, l'autre de sauce soja.
- Une petite figurine en forme de bélier joli,
- Une poche de bêtises, qui contient notamment un stylo de Ritsumeikan ("きみの入学を待っています" - mais oui mais ça ne dépend pas de moi, arrêtez de me harceler) et un porte clef (Lipton) en forme de théière.
Enumération terminée (je crois). Maintenant, je suis en grande difficulté. En effet, il se trouve que je vis dans un pays au PNC en lui-même non négligeable mais cependant dérisoire comparé à celui du Japon. Ce qui est tendance ou cool n’est pas typique et ce qui est typique n’est ni tendance ni cool. Je pense que dévaliser un des stands de souvenirs qu’on trouve devant la tour Eiffel ne me satisferait pas.
Autre insurmontable contradiction : je meurs d’envie de me balader avec mon sac à tête de poussin ou mon sac à tête de cochon, mais je sais que si certaines personnes de mon entourage avaient la même idée, je les toiserais avec un grand mépris (…ou je les toiserais tout court ; je ne sais pas pourquoi j’ai précisé « avec un grand mépris », tous les sentiments qui s’échappent de moi en société donnent assez cette impression). Est-ce parce que je suis incapable de comprendre (et d’apprécier, par conséquent) les sentiments positifs tant que je ne les ai pas moi-même ressentis ? Sans doute. (A l’inverse, je dispose d’une très grande faculté d’empathie pour tout ce qui est plutôt négatif.) Est-ce également parce que, de peur d'être ébranlée dans mes convictions, je préfère me dire que les gens sont stupides et que je vogue parmi eux à la recherche des perles rares ? Certainement. C'est aussi une des raisons qui fait que je ne m'intéresse pas aux gens de mon âge. Les perles ne peuvent être si proches de moi. C'est impossible, inconcevable. Sinon, je les aurais déjà trouvées...
Cette notion de perle est vague, décidément. Comme tous les concepts, elle est sans doute vouée à rester dans l'abstrait. Alors, pourquoi s'obstiner ? ..."c'est une très mauvaise question, je ne vous remercie pas de me l'avoir posée".
Je l'ai invitée pour Noël il y a quelque temps, elle vient d'accepter, sous réserve que je m'assure bien que ça ne pose de problème à personne. (Elle est mignonne *_*) Ce que je vais faire très vite. J'ai très peur - non pas de nos compétences linguistiques respectives, mais que son séjour soit terne. J'ai peur de ne pas être capable de faire ce que je devrai faire. Elle n'attend rien de moi, je le sais. Je la connais suffisamment pour être certaine de cela. Mais je ne me connais pas assez pour être sûre de ce que je crois pouvoir faire. Je voudrais faire mille choses pour que son séjour soit agréable - rien qui m'aliène, je ne veux pas forcer quoi que ce soit - je voudrais juste que tout se passe bien. Pouvoir contrôler ça aussi, contrôler le futur.
12:40 Publié dans And Stay Fashionable | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note